«Tout peut s’oublier»: jamais sans mon fils

Le romancier français Olivier Adam partage une fois de plus son amour pour le pays du Soleil levant dans «Tout peut s’oublier».
Photo: Joël Saget Agence France-Presse Le romancier français Olivier Adam partage une fois de plus son amour pour le pays du Soleil levant dans «Tout peut s’oublier».

Olivier Adam est tombé amoureux du Japon lors d’une résidence à la villa Kujoyama en 2006. Ont suivi la parution du Cœur régulier (Éditions de l’Olivier, 2010), où une femme part sur les traces de son frère suicidé au Japon, et celle de Kyoto Limited Express (Points, 2010), où le double mélancolique du romancier revisite les lieux que sa femme et sa fille affectionnaient. Dans Tout peut s’oublier, titre doux-amer inspiré des paroles de Ne me quitte pas de Jacques Brel, l’auteur partage une fois de plus son amour pour le pays du Soleil levant.

Sauf que dans ce drame familial raconté en demi-teintes, truffé de références au cinéma asiatique et à la variété française, Olivier Adam rend compte d’une réalité dérangeante de ce pays tant aimé. Sans oublier de rappeler en filigrane les tensions sociales qui déchirent la France de Macron.

Évoquant d’entrée de jeu l’affaire Tiphaine Véron, renommée ici Alizée Tellier, Française disparue en 2018 au Japon sans que les autorités en fassent grand cas — quelque 100 000 personnes s’y volatilisent chaque année —, Olivier Adam présente Nathan, petit exploitant de salle de Bretagne, décor fétiche du romancier passé maître dans l’art de décrire la vie des gens ordinaires, qui deviendra à son corps défendant le compagnon d’infortune des frères d’Alizée.

De fait, sa femme Jun, céramiste francophile rencontrée à Kyoto, a enlevé leur fils de cinq ans, Léo, pour retourner vivre dans son pays natal après huit ans de vie commune. Nathan se bute à l’indifférence du gouvernement japonais. « Là-bas on ne considérait pas ça comme un enlèvement. La notion de garde partagée n’avait pas l’air d’exister. » Soutenu par sa voisine Lise, elle-même abattue par le départ de son fils, féroce sympathisant des black blocs, Nathan aura pour allié Muro, détective japonais qui lui expliquera les mœurs de son pays.

Ce qu’Olivier Adam dévoile à travers les propos de Muro et les découvertes d’Adam lors de ses voyages est un fait que dénoncent les députés du Parlement européen. En juillet 2020, ces derniers sommaient le Japon de respecter le droit international en matière d’enlèvements d’enfants de manière à permettre la garde partagée pour les couples binationaux. Or, si l’on sent à travers le combat de Nathan le sentiment d’injustice que ressent le romancier, Tout peut s’oublier distille assez peu d’émotion.

Parfois, le ton y est léger et les situations amusantes — Nathan craque pour Jun lorsqu’elle cite Étienne Daho dans le texte, mais rarement éprouve-t-on une réelle empathie à l’égard des personnages, pour la plupart opaques. À l’égard de Nathan, on épouse bientôt le point de vue de ses ex-flammes : « Il devait y avoir quelque chose dans sa personnalité de vicieusement, mollement abrasif, qui usait les liens, patinait l’enthousiasme, rabotait l’élan. »

Nathan se percevant comme un personnage secondaire dans le film de sa vie, le récit de sa triste existence devient ainsi contaminé par une forme d’engourdissement, laissant le lecteur dans un état d’indifférence. « Comme si pour toi la vraie vie se passait dans les films. Et que le réel n’était qu’une fiction que tu regardais de loin, à distance. »

Tout peut s’oublier

★★★

Olivier Adam, Flammarion, Paris, 2021, 264 pages