«La classe ouvrière blanche»: ne pas sous-estimer l’esprit populaire

Joan C. Williams, professeure émérite de droit à l’Université de Californie, rappelle que les deux tiers de la population américaine n’ont pas de diplôme universitaire.
DR Joan C. Williams, professeure émérite de droit à l’Université de Californie, rappelle que les deux tiers de la population américaine n’ont pas de diplôme universitaire.

On a vu dans l’élection en 2016 de Donald Trump à la présidence des États-Unis le signe d’une révolte de la classe ouvrière blanche contre l’élite. La juriste américaine Joan C. Williams apporte une nuance importante. Le revenu annuel moyen d’un électeur de Trump était de 72 000 $US, bien au-dessus du revenu moyen national de 56 000 $US. Mais, précise-t-elle, « l’indicateur le plus sûr d’une victoire de Trump était la forte proportion de votants sans diplôme universitaire ».

Née en 1952, Joan C. Williams, professeure émérite de droit à l’Université de Californie, rappelle que les deux tiers de la population américaine n’ont pas de diplôme universitaire. Dans son essai La classe ouvrière blanche, elle souligne qu’« une classe n’est pas seulement définie à partir du revenu », mais aussi à partir de la psychologie sociale. Cela fait que cette classe évite de se comparer à une élite intellectuelle impénétrable pour se sentir partie intégrante de la majorité américaine, en ne tenant toutefois pas compte, par dédain, des minorités visibles.

Pour la classe ouvrière blanche, en général moralisatrice, l’hypocrisie accompagne trop souvent le succès socio-économique. Selon Joan C. Williams, dans son ouvrage visant à « surmonter l’incompréhension de classe » et traduit par Carole Roudot-Gonin, un fantasme des milieux populaires persiste tout de même : « Être excessivement riche sans perdre son crédit dans la classe ouvrière. »

L’essayiste explique bien ce fantasme : « Donald Trump incarne ça — après tout, il a fait sa fortune avec des casinos racoleurs qui vendaient du luxe pour la classe ouvrière (on pourrait dire aussi : du “mauvais goût tape-à-l’œil”). » Elle analyse finement encore la xénophobie que le président sortant a entretenue à demi-mot : celle-ci pourrait « découler du fait que le retour de l’immigration de masse aux États-Unis après 1910 date des années 1970 et qu’il a coïncidé avec le déclin de la classe ouvrière ».

Le supposé sexisme de cette classe, les progressistes le blâment, selon Joan C. Williams, qui reproche à ces derniers leur jugement sur le préjugé ouvrier en question. Sa critique ne rate pas la cible : « Les progressistes ont par inadvertance fait du sexisme un moyen d’exprimer la colère de classe. » Les attaques conservatrices contre les outrances de la rectitude politique chère à la gauche sont, ajoute-t-elle, « une arme forgée contre les progressistes avec l’enclume de leur propre snobisme ».

Elle aurait dû développer cette formule pour rendre encore plus réfléchi son livre un peu trop schématique. Pourtant, Joan C. Williams propose déjà une brillante solution pour vaincre le snobisme : « Plutôt que de transformer le débat sur le changement climatique en un combat sur l’autorité de la science, pourquoi ne pas essayer de mobiliser les agriculteurs qui voient leurs terrains se dégrader à mesure que la désertification progresse ? »

Ce serait un appel à l’intelligence du peuple. « Les gens de la classe ouvrière ne veulent pas travailler chez McDonald’s pour 15 $US l’heure plutôt que pour 9,50 $US. Ce qu’ils veulent, c’est un emploi qui leur permette d’envisager un niveau de vie modeste typique de la classe moyenne. Trump a été le premier politicien depuis longtemps à faire cette promesse. Beaucoup d’électeurs ont beaucoup apprécié le fait que lui, au moins, comprenne ce dont ils avaient besoin. »

Extrait de «La classe ouvrière blanche»

« Les gens de la classe ouvrière ne veulent pas travailler chez McDonald’s pour 15 $ l’heure plutôt que pour 9,50 $. Ce qu’ils veulent, c’est un emploi qui leur permette d’envisager un niveau de vie modeste typique de la classe moyenne. Trump a été le premier politicien depuis longtemps à faire cette promesse. Beaucoup d’électeurs ont beaucoup apprécié le fait que lui, au moins, comprenne ce dont ils avaient besoin. »

La classe ouvrière blanche. Surmonter l’incompréhension de classe aux États-Unis.

★★★

Joan C. Williams, Unes, Nice, 2020, 152 pages