«Les bons garçons»: vacances romaines

Photo: Éditions Paris, photomontage «Le Devoir»

Cinq ans après s’être intéressé au tragique destin de Pier Paolo Pasolini (La piste Pasolini, Équateurs), Pierre Adrian relate dans Les bons garçons un cruel fait divers s’étant déroulé quelques semaines avant l’assassinat du sulfureux cinéaste sur une plage d’Ostie, près de Rome, le 2 novembre 1975. D’ailleurs, le spectre de Pasolini qui, avec Italo Calvino et des groupes féministes, avait dénoncé les riches bourreaux, hante les pages de ce roman qui n’est pas sans rappeler par sa facture De sang froid, de Truman Capote.

« Il n’était pas dit qu’un jour cela finirait mal »… Si l’auteur met en garde très tôt le lecteur de l’horreur qui attend Maria et Raffaella, deux adolescentes de la classe ouvrière, aux mains de trois fils à papa fascistes, il l’enivre d’abord des plaisirs qu’offrent les derniers jours de l’été romain.

Chaleur accablante, soleil aveuglant, sensualité à fleur de peau, regards complices, sourires enjôleurs : Pierre Adrian évoque avec nostalgie les idylles sans lendemain et les premières amours. Ce faisant, toute la mécanique se met froidement en place afin que les jeunes filles se laissent prendre au piège de ces « branleurs rôdant de soirée en soirée, à la recherche d’une bonne défonce ».

« Elles sentent la misère. Je leur ai vendu un shooting pour roman-photo, mais elles seront coiffeuses. Au mieux… », dit l’un d’eux à propos de leurs invitées, révélant tout le mépris pour leur sexe, leur classe sociale.

Plus le récit avance, plus Adrian crée la tension en semant des indices, que ce soit par le biais des journaux, de l’horoscope ou même du lieu enchanteur où les garçons mèneront les filles, une riche demeure sise sur le rocher Circeo : « Là-bas, racontait-on, les bateaux d’Ulysse et de ses compagnons avaient débarqué non loin du palais de Circé. Au cours d’un banquet de fête, la magicienne avait ensorcelé les marins. Et les hommes s’étaient transformés en porcs. »

S’appliquant à décrire le lourd et violent climat des années de plomb en Italie, analysant sans complaisance la nature de chaque protagoniste, Pierre Adrian décortique avec froideur une histoire sordide tristement universelle et intemporelle, de celles qui font dire avec effroi « le fameux “ç’aurait pu être moi” ».

Les bons garçons

★★★★

Pierre Adrian, Équateurs, Paris, 2020, 269 pages