Qu’a-t-on emprunté dans les bibliothèques cette année?

En 2020, les emprunts de livres numériques ont connu une montée impressionnante. Sur cette photo, des visiteurs à la réouverture de la Grande Bibliothèque de Montréal, en juillet, après le début des mesures de déconfinement.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir En 2020, les emprunts de livres numériques ont connu une montée impressionnante. Sur cette photo, des visiteurs à la réouverture de la Grande Bibliothèque de Montréal, en juillet, après le début des mesures de déconfinement.

Qu’a-t-on emprunté dans les bibliothèques cette année ? On ne sera pas surpris par la réponse : beaucoup de livres numériques. Beaucoup, et beaucoup plus que d’habitude.

Cette année, les bibliothèques publiques ont été ouvertes, fermées, rouvertes sans contact, puis avec, refermées en zone rouge, rouvertes seulement pour les réservations, dans une grande valse de conséquences de mesures sanitaires sur laquelle on n’a pas encore fini de danser. Les documents rapportés sont désormais laissés en quarantaine pendant quelques jours. Plusieurs bibliothèques renouvellent automatiquement les prêts lorsqu’ils ne sont pas réservés par d’autres usagers, dans une espèce de prêt à long terme non annoncé qui permet aux lecteurs de limiter leurs visites au maximum. Beaucoup de changements. Mais on n’a pas cessé d’emprunter — ni de lire, osons le croire, conséquemment.

Ces circonstances ont contribué à la montée des emprunts de livres numériques, déjà en croissance soutenue depuis 2017. Il faut dire que c’est en bibliothèque que le livre numérique est le plus populaire au Québec, bien davantage qu’aux caisses des libraires et des éditeurs. Prêtnumérique.ca, la solution de Bibliopresto qui couvre les prêts numériques de pratiquement toutes les bibliothèques publiques du Québec, incluant BAnQ et les 11 Réseaux BIBLIO, le réseau des bibliothèques du Nouveau-Brunswick, et environ la moitié des cégeps, note une augmentation de 44 % des prêts de documents adultes par rapport à 2020. Mais c’est pour les documents pour enfants que le bond est le plus spectaculaire, avec une hausse de 204 % depuis 2019.

Locomotives du roman jeunesse

Il faut dire que la catégorie Livre jeunesse résistait aux emprunts numériques : le côté tactile des bons vieux livres papier demeure un atout important pour les tout-petits, qui lisent autant avec leurs mains qu’avec leurs yeux ; et les illustrations, souvent clé de voûte de cette catégorie, restent encore plus impressionnantes imprimées que rétroéclairées ou en encre numérique. Il n’est donc pas surprenant que les ouvrages les plus aisément transposables à l’écran, les romans, soient les locomotives de toute la section jeunesse du côté des emprunts numériques : Juliette à Tokyo (Rose-Line Brasset, Hurtubise) est en tête. Suivent trois tomes de La vie compliquée de Léa Olivier (tomes 12, 0 et 1, Catherine Girard-Audet, Les malins) et les tomes 1 de Chaos (Sylvie G., JCL) et de Gamer (Pierre-Yves Villeneuve, Les malins).

En tout, c’est une croissance de 57 % des prêts de documents numériques qu’on a vue en 2020 sur Prêtnumérique.ca. Sur les 100 livres numériques les plus empruntés dans la province, selon la plateforme, 74 sont des livres québécois. Et le top 10 est tiré par le roman historique et policier. Car c’est la fiction qu’on a le plus lue. Et de loin. Les cinq catégories de livres les plus empruntés sont la très large Romans et nouvelles (avec 1 075 421 prêts), suivie par celles des Romans sentimentaux, des Romans policiers et suspense, du Jeunesse et des Romans historiques (318 700 prêts). Viennent ensuite les catégories Sciences humaines et sociales, Bandes dessinées, Romans science-fiction et fantastique, Biographies, Essais littéraires et critique.

Microcosme montréalais ?

À la Grande Bibliothèque de Montréal, ce ne sont pas tout à fait les mêmes livres qui se retrouvent en tête des palmarès. Effet de géographie ? Du côté des prêts numériques, les livres québécois sont plus rares au top. Y trônent Le déshonneur de Willa (Diana Quincy, Ada), En secret de Mary Higgins Clark (Albin Michel), du Québec Il préférait les brûler de Rose-Aimé Automne T. Morin (Stanké), puis retour au domaine étranger avec Femmes sans merci de Camilla Läckberg (Actes Sud) et, encore, La servante écarlate de Margaret Atwood (Robert Laffont).

Du côté des livres physiques, c’est la nouvelle autrice française Victoria Mas qui a vu son livre Le bal des folles être le plus emprunté. On retrouve les auteurs québécois plus bas au palmarès : David Goudreault (Ta mort à moi, Stanké, 11e rang), Rima Elkouri (Manam, Boréal, 12e rang) et Marie-Pier Lafontaine (Chienne, Héliotrope, 13e rang). Francine Ruel est la seule autrice qu’on retrouve à la fois du côté des livres numériques (12e rang) et papier (9e rang, premier livre québécois) avec Anna et l’enfant-vieillard (Libre Expression).

Les six romans numériques les plus empruntés au Québec en 2020

1. Un homme meilleur de Louise Penny (Flammarion Québec). Quinzième enquête d’Armand Gamache, qui revient en poste, rétrogradé, pour enquêter sur la disparition d’une femme.

2. Du côté des Laurentides, tome 1 de Louise Tremblay-d’Essiambre (Guy Saint-Jean)

3. Du côté des Laurentides, tome 2 de Louise Tremblay-d’Essiambre (Guy Saint-Jean). Une nouvelle série de l’autrice, habituée de ce palmarès. On y suit la jeune institutrice Agnès, qui commence sa vie professionnelle, en 1931.

4. Anna et l’enfant-vieillard de Francine Ruel (Libre Expression). Fiction d’une mère qui voit son fils tomber dans la drogue et se retrouver à la rue. Francine Ruel n’a pas caché revisiter ainsi l’itinérance de son propre fils.

5. Odile et Xavier, tome 1 de Jean-Pierre Charland (Hurtubise). Amour, vie et destins de Xavier et d’Odile, au tout début du XXIe siècle.

6. La servante écarlate de Margaret Atwood (Robert Laffont). Un grand roman dystopique, dont la lecture et la relecture ont été allumées par la série télé Hulu, et qui reste depuis 2017 dans les palmarès.

Les cinq romans les plus empruntés à la Grande Bibliothèque en 2020

1. Le bal des folles de Victoria Mas (Albin Michel). Un premier roman qui narre l’expérimentation par un neurologue en 1885 d’un bal costumé et dansant comme thérapie pour « ses folles ».

2. En attendant le jour de Michael Connelly (Calmann-Lévy). Une nouvelle inspectrice, Renée Ballard, pour le célèbre auteur de polar. « Connelly nous donne à travers
elle une véritable leçon de technique policière », lisait-on dans notre critique.

3. Soif d’Amélie Nothomb (Albin Michel). Trentième roman de Nothomb, sur la crucifixion de Jésus.

4. The Testaments de Margaret Atwood (Penguin Random House). Trente-cinq ans plus tard, la fin de La servante écarlate. On y apprend ce qui est arrivé aux enfants de
Defred.

5. Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon de Jean-Paul Dubois (L’Olivier). Les confessions d’un prisonnier qui finit de purger sa peine ; et le Prix Goncourt de l’an dernier.