«Le coeur à retardement»: une bombe à la place du coeur

On ignore ce qu’Andrew Kaufman met dans son café pour créer des univers fantaisistes telle cette ville où errent des cœurs brisés.
Photo: Lee Towndrow On ignore ce qu’Andrew Kaufman met dans son café pour créer des univers fantaisistes telle cette ville où errent des cœurs brisés.

De tous les romans sortis au courant de la saison, Le cœur à retardement, cinquième livre d’Andrew Kaufman traduit en français chez Alto, est certainement l’un des plus originaux et déroutants. Présenté comme un « roman d’apprentissage déjanté d’un quarantenaire », ce récit, où l’auteur présente des réflexions sur l’amour, propose un pétillant cocktail composé d’éléments empruntés au fantastique, au conte, à la science-fiction et au suspense.

« Je ne crois pas à l’idée de l’amour transcendant. L’amour n’est pas une force rédemptrice. Il ne fait pas ressortir le meilleur de nous, mais le pire. Les choses les plus cruelles que j’ai faites ont été commises dans le but de gagner l’amour de quelqu’un, ou d’éviter de le perdre », fait-il dire à Charlie Wakefield qui, le jour de son 43e anniversaire, constate qu’il ne s’est toujours pas remis de son divorce prononcé deux ans auparavant.

Quittant l’appartement de sa maîtresse pour se rendre chez lui, il partage un Uber avec un homme affublé d’un chapeau violet géant. Ce dernier lui parle alors de Métaphoria, lieu où quiconque ayant « une chose impossible à surmonter » est envoyé. Pouf ! Voilà que Charlie se retrouve dans cette ville étrange où seule une épiphanie pourra le ramener chez lui, à Toronto. Arrivé sur place, il rencontre Shirley Miller, une ex-petite amie, qui lui arrache le cœur et lui pose une bombe dans la cage thoracique. Elle lui annonce qu’il dispose de 24 heures pour retrouver le cœur de son mari Vieille Branche.

On ignore ce qu’Andrew Kaufman (Tous mes amis sont des superhéros, 2013) met dans son café pour créer des univers fantaisistes telle cette ville où errent des cœurs brisés. On l’imagine sans peine biberonné aux contes de Lewis Carroll, aux romans de Kafka et de Vian, ainsi qu’aux films de Cronenberg.

Tandis que l’on visite avec Charlie des lieux aux noms évocateurs — le complexe d’entreposage cardiaque À toi pour toujours, le District des Noëls tristes, la prison P.E.R.T.E.D.E.T.E.M.P.S. —, qu’on croise des personnages homériques ou horrifiques, des objets parlant en codes indéchiffrables et que l’on assiste à de troublantes métamorphoses, on se laisse ravir par l’humour singulier et le romantisme assumé de Kaufman.

Le coeur à retardement

★★★★

Andrew Kaufman, traduit de l’anglais par Catherine Leroux, Alto, Québec, 2020, 203 pages