Publier à tout prix?

Prenez un auteur dont l'oeuvre traduite connaît un beau succès en France et un éditeur très sensible à l'engouement des lecteurs qui attendent impatiemment chaque nouvelle parution. Que risque-t-il d'arriver si l'auteur ne fournit pas? On peut décider de traduire (faute de nouveauté) un roman dont on retardait la publication, vu la minceur de sa valeur littéraire. Ou peut aussi, en manque de matériel romanesque, baptiser «roman» un livre regroupant de longues nouvelles...

Ce genre de manoeuvre commerciale ne ressemble pourtant pas aux éditions Métailié, qui ont fait découvrir au public français l'oeuvre de l'écrivain cubain Leonardo Padura en publiant Électre à La Havane et L'Automne à Cuba, deux romans écrits à la fin des années 90, où Padura questionne, sous forme d'enquêtes policières, la situation politique du pays. Son deuxième roman, écrit en 1992 et qui vient pourtant tout juste de paraître, ne laisse rien entrevoir de la subtilité et la complexité qui caractérisent l'univers romanesque des titres cités ci-dessus.

Dans Vents de Carême, le commissaire Mario Conde tombe amoureux «raide» d'une femme qu'il espère conquérir. Au même moment, on lui confie une enquête concernant l'assassinat d'une professeure. Ce qui se transforme en intrigue politique entremêlée à un trafic de drogue semble laisser indifférent l'amoureux transi, attitude qui contamine rapidement le lecteur. Mis à part quelques scènes érotiques convaincantes, ce deuxième roman de Leonardo Padura ne peut être lu comme les balbutiements de l'oeuvre, tellement son contenu est superficiel. S'ajoute à cela la grossièreté de la traduction, truffée d'expressions qui donnent l'impression d'avoir affaire à un flic parisien plutôt qu'à un commissaire de La Havane. Bref, ce Vents de Carême serait une bien mauvaise porte d'entrée pour qui voudrait découvrir l'oeuvre de Leonardo Padura.

À la fin du très suave roman L'Odeur de la nuit, publié par le très populaire écrivain italien Andrea Camilleri, le commissaire Montalbano s'évanouissait (attaque de sensibilité ou crise cardiaque?) devant sa Livia chérie. On se réjouissait de connaître enfin la suite avec La Peur de Montalbano. Hélas, ce livre, qui n'est pas un roman (contrairement à ce que l'éditeur indique sur la page couverture), réunit des nouvelles si fades qu'on a l'impression qu'elles ont été écrites pour rien. Même la traduction de Serge Quadruppani apparaît forcée à plusieurs endroits, trop visible pour être naturelle. Il faut donc attendre et espérer la vraie suite de L'Odeur de la nuit.

VENTS DE CARÊME

Leonardo Padura

Traduit de l'espagnol (Cuba) par François Gaudry

Métailié, Paris, 2004, 228 pages

LA PEUR DE MONTALBANO

Andrea Camilleri

Traduit de l'italien (Sicile) par Serge Quadruppani

Fleuve Noir, Paris, 2004, 240 pages