«La famille Martin»: des gens banals

Le roman de David Foenkinos ressemble tantôt à une esquisse de roman avorté, tantôt à un pâle exercice de style.
Photo: Joel Saget Agence France-Presse Le roman de David Foenkinos ressemble tantôt à une esquisse de roman avorté, tantôt à un pâle exercice de style.

« Je commençais à me demander si le destin ne m’avait pas poussé vers des personnalités telles que j’aurais pu les concevoir. Une grand-mère qui perd la mémoire, une femme un peu triste, un homme harcelé au travail, et voilà que j’avais un adolescent qui ne respirait pas l’épanouissement. Étaient-ils le fruit de mon imagination fatiguée ? Non, ils étaient bien réels », écrit le narrateur de La famille Martin, dont toute ressemblance avec David Foenkinos n’est pas du tout fortuite.

Ce n’est pas la première fois que le romancier se met en scène dans un roman et nous fait le coup du manque d’inspiration. Rappelez-vous Qui se souvient de David Foenkinos ? (2007). Cette fois, il se met en tête d’écrire l’histoire de la première personne qu’il abordera en sortant de chez lui. Après tout, « un être humain est un condensé d’autofiction », explique-t-il.

L’heureuse élue est Madeleine Tricot, ex-couturière pour Karl Lagerfeld. Or, la dame souffrant de la maladie d’Alzheimer, sa fille, Valérie Martin, prof d’histoire-géo dont la vie manque de piquant, s’impose dans le projet de roman du narrateur. Débarque ensuite le reste de la famille Martin auparavant sommairement décrite.

« Soyons francs : le bonheur n’intéresse personne », rappelle l’auteur de La délicatesse (2009). Qu’en est-il alors de la banalité ? Elle doit l’intéresser puisque les Martin n’ont rien d’héroïque ni de pittoresque, et bien qu’il prétende que « toute personne que l’on met dans un livre devient romanesque », ni Madeleine, ni Valérie, ni le reste du clan ne susciteront l’attention.

« Je peux inventer des hommes ou des femmes qui n’ont aucun désir d’action. Je dois aussi subir leur volonté. Ou ce qu’on pourrait appeler : la mauvaise humeur de mon imaginaire », s’excuse-t-il.

À vrai dire, La famille Martin ressemble tantôt à une esquisse de roman avorté, tantôt à un pâle exercice de style. Si l’on en poursuit la lecture, ce n’est pas pour connaître son dénouement, mais par fidélité à la plume alerte de l’auteur. D’ailleurs, tandis qu’il prétend être au service de ses personnages, il leur dame ponctuellement le pion avec d’amusantes réflexions sur la fiction : « Elle avait tout d’une personnalité de milieu de roman ; tout à fait le genre à relancer une intrigue. »

La famille Martin

★★

David Foenkinos, Gallimard, Paris, 2020, 226 pages