La liste des listes des livres d'ici

Nos critiques ont concentré l'essentiel de 2020 en douze titres incontournables.

 
 

1. Chasse à l’homme, Sophie Létourneau (La Peuplade)

« La plus belle ruse des hommes est de persuader les femmes que l’amour n’existe pas. C’est ainsi qu’ils le gardent pour eux. » Pour déjouer le sort, Sophie Létourneau trace son propre avenir, de Montréal à Tokyo, déterminée à trouver l’homme de sa vie. Dans ce roman-mosaïque puisant aux frontières de l’intime, l’écrivaine sonde la frivolité de l’anecdote et la complexité de l’errance pour mieux exposer les frontières qui jonchent le parcours des femmes, et les détours qu’elles peuvent emprunter pour prendre le contrôle de leur destinée.

Anne-Frédérique Hébert-Dolbec


 

2. Ténèbre, Paul Kawczak (La Peuplade)

À coups de machette et de bistouri, le premier roman de Paul Kawczak ouvre en grand une page sur l’histoire occultée de la colonisation du Congo à la fin du XIXe siècle à travers l’aventure d’un jeune arpenteur-géomètre belge. Récit de passions mortifères, d’amour sublimé, de catastrophes intimes et collectives, Ténèbre déploie avec force sa magie noire. Un roman sombre à l’écriture impeccable, où l’action et la profondeur, les injustices et les vengeances semblent dosées à la perfection. Du grand art.

Christian Desmeules

 
 

3. Maquillée, Daphné B (Marchand de feuilles)

Le livre le plus radical de 2020 parle de maquillage. Radical dans l’intransigeance avec laquelle Daphné B traque les parts de son imaginaire que le capitalisme a phagocytés. Radical aussi dans son rejet des fausses binarités (l’authentique et le factice, le futile et l’essentiel) par la lorgnette desquelles pareil sujet est généralement considéré. À l’aide d’une capiteuse conjugaison de critique pop culturelle et d’autobiographie, une poète scrute ses contradictions. Elles sont aussi les nôtres.

Dominic Tardif


 

4. Méduse, Martine Desjardins (Alto)

S’inspirant de la mythologie grecque, Martine Desjardins crée un fascinant univers évoquant les romans gothiques victoriens et les contes de fées cruels, où elle relate le destin d’une héroïne affublée d’une anomalie aux yeux, qui refuse son statut de victime sitôt qu’elle découvre son pouvoir sur les hommes. Tandis qu’elle fait de son personnage le témoin outré des horreurs que l’on fait endurer à son sexe, l’autrice dresse un puissant réquisitoire contre le pouvoir patriarcal. Pétrifiant.

Manon Dumais


 

5. Une joie sans remède, Mélissa Grégoire (Leméac)

Une jeune femme qui enseigne la littérature depuis dix ans doit faire face à sa désillusion « foudroyante » envers l’enseignement, ses problèmes récurrents de dépression et ses efforts pour apprendre le « métier de vivre ». Mélissa Grégoire brouille finement les frontières entre réel et invention en exposant la vulnérabilité d’une femme qui, à travers une série de deuils, tente de rester debout. Un roman courageux, pudique, lumineux et organique qui pose à sa manière nombre de questions essentielles.

Christian Desmeules



 

6. Les crépuscules de la Yellowstone, Louis Hamelin (Boréal)

Un écrivain et naturaliste québécois décide de remonter la rivière Yellowstone jusqu’aux montagnes Rocheuses pour revivre à sa façon la dernière grande expédition du fameux peintre et naturaliste John James Audubon en 1843. Dans un 9e roman immersif, Louis Hamelin mélange avec brio l’Histoire et la mythologie continentale nord-américaine, explorant à sa manière l’avancée des puissances coloniales et capitalistes mortifères ainsi que la complexité de nos rapports avec les Amérindiens.

Christian Desmeules


 

7. Faire les sucres, Fanny Britt (Cheval d’août)

Dans cet émouvant récit d’une condition humaine annonciatrice de changements sociaux, où un couple de bourgeois blanc se délite après un accident de surf impliquant une Afro-Américaine, se déploie une corrosive radiologie de la société nord-américaine. Évoquant l’œuvre de Virginia Woolf, Fanny Britt y souligne, avec poésie et accents mythiques, le douloureux décalage entre l’Amérique noire et l’Amérique blanche, la classe ouvrière et la bourgeoisie, la condition féminine et la condition masculine.

Manon Dumais


 

8. Furie, Myriam Vincent (Poètes de brousse)

En racontant l’histoire d’une étudiante en littérature souhaitant faire payer ceux qui ont violé sa meilleure amie, Myriam Vincent aurait très bien pu se contenter d’assouvir par la fiction un violent désir de justice. L’intelligence de son premier roman se situe pourtant dans l’ambivalence de sa position quant au pouvoir réparateur de la vengeance, ainsi que dans son humour noir et son rythme irrépressible, qui ne donnent jamais l’impression de trivialiser la délicate question des agressions sexuelles.

Dominic Tardif


 

9. Théo à jamais, Louise Dupré (Héliotrope)

Alors qu’elle monte un documentaire sur les tueries, une femme apprend que son beau-fils a tiré sur son père avant d’être abattu par un policier. Dans ce récit de deuil et de résilience d’une rare sensibilité, d’une gracieuse retenue et d’une élégante simplicité, Louise Dupré nous entraîne dans la psyché d’une femme rongée par la culpabilité qui tente de comprendre les motivations du jeune tueur. Un drame familial sur fond de suspense où la lumière se taille doucement une place.

Manon Dumais


 

10. L’avenir, Catherine Leroux (Alto)

Tandis que la menace climatique gronde, la plume ample et évocatrice de Catherine Leroux appréhende, aux confins du merveilleux, la mesure de la désolation, le cœur battant de la résilience. Dans une version imaginée de Detroit, Claire, une femme qui a tout perdu, assiste à la beauté d’une nature qui reprend ses droits, à larésistance d’enfants laissés à eux-mêmes dans un monde impitoyable. En dépit des pronostics, l’écrivaine rappelle que chaque deuil est l’occasion d’une renaissance.

Anne-Frédérique Hébert-Dolbec


 

11. Le lièvre d’Amérique, Mireille Gagné (La Peuplade)

Que se passerait-il si on insérait un gène de lièvre à l’intérieur d’un être humain ? C’est sur cette prémisse que s’ouvre Le lièvre d’Amérique, fable néolibérale sur l’anxiété de performance et les revers d’un désir excessif de productivité. Ode fulgurante à la nature, à l’instinct et à la liberté, ce premier roman d’à peine 160 pages est un véritable sursaut de créativité, porteur d’une sagesse universelle et d’une charge émotive qui permet de renouer avec ce qui compte vraiment.

Anne-Frédérique Hébert-Dolbec


 

12. Quand il fait triste Bertha chante, Rodney Saint-Éloi (Québec Amérique)

Rodney Saint-Éloi aurait simplement rendu hommage à sa défunte mère que ce récit constituerait déjà une œuvre puissante. Mais parce qu’il n’existe aucune autre façon honnête de célébrer la vie qu’en se révoltant contre ce qui l’empêche, l’écrivain refuse de détourner le regard de tout ce qui, dans notre monde, invite à déchanter. Voici les mots d’un homme qui chaque jour se bat afin que sa colère ne vire pas au désespoir, un livre écrit pour ceux qui ont un jour rêvé à « l’impossible : la poésie, l’amour et l’avenir ».

Dominic Tardif



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