La reine de la patate ou les cantines du détour

Photo: Éditions Loco, photomontage «Le Devoir»

En 1979, la Française Françoise Chadaillac amorce un séjour à Montréal avec, en tête, cette « nature sauvage » dont nos quelques arpents de neige continuent d’être synonymes dans l’imaginaire hexagonal. Elle tombera sous le charme non pas des caribous, mais de ces petits temples de convivialité et de réconfortante friture — les stands à patates frites ! — qui poussent au cœur des villages dès que le froid s’éclipse. La photographe prend bientôt la route des chemins d’été et entreprend avec son Asahi Pentax 6X7 de documenter ces cantines et cabanes « chez Ginette, chez Bébert, chez Raymond, chez Mimi », ainsi que ceux et celles qui vont s’y payer une bouchée de liberté. Bien que les raisons pour lesquelles elle est restée aussi longtemps dans les cartons eussent mérité d’être élucidées, cette série en noir et blanc, d’une chatoyante sobriété, compose le portrait d’un Québec qui, tout aussi modeste fût-il, savait goûter la vie. Un Québec que le rouleau compresseur des power centers n’avait pas encore commencé à écraser.

 

La reine de la patate

★★★★

Françoise Chadaillac, Éditions Loco, Paris, 2020, 120 pages