Grande littérature pour lecteurs curieux

Marie Fradette Collaboration spéciale
L’hommage à Van Gogh, déjà présent dans le titre «Une nuit étoilée», revient ici et là dans l’album et teinte le tout d’une aura chaleureuse.
Photo: Jimmy Liao L’hommage à Van Gogh, déjà présent dans le titre «Une nuit étoilée», revient ici et là dans l’album et teinte le tout d’une aura chaleureuse.

Ce texte fait partie du cahier spécial La culture en cadeau

Dans cette sélection faite parmi les récentes perles littéraires, les géants Moby Dick et King Kong prennent respectivement vie à travers les illustrations atmosphériques d’Olivier Tallecet celles envoûtantes de François Roca. À côté de ces deux classiques, on fait un arrêt sur Une folle journée, un livre-jeu dans lequel le lecteur reconstruit l’histoire à sa façon. Et, pour s’offrir un peu de poésie et de beauté, on découvre l’univers intimiste de Jimmy Liao dans Une nuit étoilée. À vos emballages.

Les géants

Moby Dick, l’histoire du célèbre cachalot devenu légende avec Herman Melville au XIXe siècle a, depuis sa création, connu plusieurs éditions et adaptations tant littéraires que cinématographiques et télévisuelles. Le désormais classique est une fois de plus repris, mais ici sous l’œil de l’illustrateur Olivier Tallec. Connu pour son style déjanté, son humour pince-sans-rire — la série « Qui quoi » en tête — Tallec s’investit là où on ne l’y attendait pas, dans un univers tout aussi puissant qu’impitoyable. L’illustrateur offre des tableaux saisissants, sombres et sans concessions qui appuient le texte de Melville, la folie de ses personnages, l’immensité du paysage et la rudesse des éléments. Bien qu’elle tienne en quelque 200 pages — l’original en compte plus de 700 —, l’histoire abrégée et traduite ici par Marie-Hélène Sabard permet de saisir l’essentiel du propos dans lequel on suit Achab, ce chasseur impétueux qui veut plus que tout venger sa jambe emportée jadis par le cétacé blanc. L’entêtement de l’équipage se mêle à la force de la baleine et de la nature avec intensité. Brillante façon de plonger dans cette mythique et intemporelle histoire.

Autre classique, autre temps, mais même obsession de l’homme à vouloir combattre l’animal, ou du moins à prouver sa puissance devant la bête. King Kong, l’histoire de ce gorille imaginé et porté à l’écran par le cinéaste Merian C. Cooper en 1933 est ici adaptée sous forme d’album par l’incontournable duo composé de Fred Bernard et François Roca. Une telle novélisation nécessite coupures, choix, condensation d’éléments et de scènes importantes. Mission accomplie. L’arrivée sur l’île du Crâne, l’offrande, la rencontre entre Ann Darrow et King Kong, le débarquement à New York, chaque scène choisie permet de prendre le pouls de cette histoire entre ce géant et la jeune femme. Alternant entre le point de vue de Kong et celui des humains, le récit permet de saisir l’irrépressible besoin des hommes de posséder, de vouloir toujours plus. Les illustrations de Roca qui épousent cette histoire plus grande que nature s’offrent comme autant de tableaux saisissants dans lesquels la force du gorille, immense et noir, tranche avec la blancheur de la jeune femme. Du grand art.

Se créer un monde à soi

Avec Une journée folle, Anne-Hélène Dubray s’éloigne de ces géants classiques et convie plutôt les enfants — petits et grands — à prendre possession de l’histoire, à jouer avec le fil des événements dans tous les sens du mot. Car avec ce myriorama (un jeu narratif inventé au XIXe siècle dans lequel une histoire peut être construite à l’aide de cartes illustrées) le lecteur est invité à créer, carte après carte — 14 au total ici — les récits racontés en amont dans un petit dépliant présenté sous forme de leporello. Cette folle journée se présente sur deux textes différents, Portes ouvertes au zoo et Ça ne tourne pas rond, qui servent d’inspiration au lecteur pour créer le fil des événements. Bien sûr, libre à lui de refaire le monde à sa manière. Présenté dans un boîtier cartonné, illustré avec vivacité et couleurs, ce livre-jeu fait de la littérature un objet précieux à partager.

Enfin, il y a cette fillette, solitaire et attristée par la mort de son grand-père avec qui elle regardait les couchers de soleil, riait aux éclats, écoutait le clapotis de l’eau sous la lune. Puis, ce garçon, différent, qui chante doucement sous la neige, sait dessiner et adore lire. Ils s’inventent alors un monde à eux, de silence, de complicité, de voyages sous les étoiles. Dans Une nuit étoilée, Jimmy Liao évoque d’un souffle poétique toute la beauté de l’amitié entre deux enfants. La profondeur de la relation est enveloppée des illustrations pleines pages de l’artiste, qui sont autant de tableaux féeriques que de moments vécus et prenants. Les couleurs franches variant entre les bleus de mer et l’obscurité des nuits ainsi que l’immensité des paysages présentés sur des doubles pages créent des atmosphères enveloppantes, à l’image de la relation entre les enfants. L’hommage à Van Gogh, déjà présent dans le titre, revient ici et là dans l’album et teinte le tout d’une aura chaleureuse. Magnifique traversée.

Moby Dick / King Kong // Une journée folle /// Nuit étoilée

​Herman Melville et Olivier Tallec, traduit et abrégépar Marie-Hélène Sabard, École des loisirs, Paris, 2020, 240 pages. 13 ans et plus / Fred Bernard et François Roca, Albin Michel jeunesse, Paris, 2020, 40 pages. 6 ans et plus // ​Anne-Hélène Dubray, L’agrume, Paris, 2020. 4 ans et plus /// Jimmy Liao, traduit du chinois par Chun-Liang Yeh, Éditions HongFei cultures, Amboise, 2020, 144 pages. 6 ans et plus