Les finalistes du 18e Prix littéraire des collégiens: cinq phares dans la grisaille ambiante

Doté d’une bourse de 5000$, le Prix vise à promouvoir la littérature actuelle auprès des collégiens en encourageant l’exercice du jugement critique.
Photo: Le Devoir Doté d’une bourse de 5000$, le Prix vise à promouvoir la littérature actuelle auprès des collégiens en encourageant l’exercice du jugement critique.

Les cinq finalistes du 18e Prix littéraire des collégiens ont été dévoilés vendredi. Pour des raisons sanitaires, l’événement s’est déroulé en distanciel. Les auteurs et autrices avaient d’ailleurs enregistré un message à l’attention des élèves du collégial afin d’exprimer leur bonheur et l’honneur d’avoir été sélectionnés.

« Tireur embusqué raconte l’histoire d’une amitié entre deux adolescents d’origines différentes. L’un est un rescapé de la guerre civile syrienne ; l’autre est un jeune de Montréal-Nord. J’ai écrit cette histoire-là parce que je suis moi-même un enfant de la guerre. Mes parents ont quitté la Syrie dans les années 1980 pour venir s’installer au Québec. J’ai grandi à Ahuntsic-Cartierville, quartier voisin de Montréal-Nord. J’ai hâte de faire découvrir mon livre aux étudiants du collégial, surtout pour leur faire découvrir le Québec de mon enfance, le Montréal où j’ai grandi, un Montréal cosmopolite, frette, rough, où la violence peut surgir de n’importe où, même de là où on s’y attend le moins », a confié Jean-Pierre Gorkynian, auteur de Tireur embusqué (Mémoire d’encrier).

Établissant un lien entre le Prix littéraire des collégiens et la narratrice de son roman, dont le but est de faire aimer la littérature aux élèves du niveau collégial, Mélissa Grégoire a ainsi résumé Une joie sans remède (Leméac) : « Vous me demanderez : “mais pourquoi lire ou écrire un roman sur un monde qu’on connaît déjà ?” Eh bien, c’est que la littérature est précisément ce qui nous permet de découvrir ou d’approfondir ce qu’on croit connaître de soi-même et des autres. Quand on lit ou qu’on écrit un roman, il se passe un peu ce qui nous arrive quand on est malade ou confiné ; on est obligé de se retirer du monde, de se ralentir pour penser, rêver, imaginer. Et c’est ce que fait Marie, qui est en congé de maladie et qui essaie de comprendre ce qui lui arrive. »

« Pour écrire ce livre-là, j’ai puisé dans beaucoup dans mes rêveries, beaucoup de choses que j’ai glanées dans l’enfance. Il me semble que quand on est collégien ou collégienne, on n’est pas très loin de l’enfance en termes de temps et on est encore très rêveur et très rêveuse, ce qui est une très grande qualité. Bien sûr, on ne peut pas rester jeune toute sa vie, mais disons que statistiquement, les collégiens et les collégiennes ont plus d’imagination, de rêveries, de souplesse que la plupart des adultes, alors je serai ravi d’être lu par ce lectorat », a dit Paul Kawczak, auteur de Ténèbre (La Peuplade), roman d’aventures où un géomètre belge est mandaté par le roi Léopold II pour démanteler l’Afrique.

Visiblement émue, Sophie Létourneau, autrice de Chasse à l’homme (La Peuplade), où elle raconte ses péripéties amoureuses sous forme de déclaration d’amour à la littérature, s’est dit heureuse que son livre tombe entre les mains des jeunes lecteurs à un moment charnière de leur vie. « C’est au cégep qu’on fait les lectures les plus marquantes, celles qui vont déterminer de notre vision du monde, de la vision qu’on a de nous-mêmes. Au cégep, on est dans une quête de sens, une quête d’un choc esthétique, on veut être déplacé, troublé par les livres qu’on lit. C’est l’âge où on fait la découverte de Rimbaud, de Ducharme, d’œuvres intenses, qui vont nous donner un aperçu de ce qui est absolu. C’est aussi le moment aussi où l’on a des discussions passionnées et passionnantes avec nos amis sur les livres qu’on a lus, les pièces de théâtre auxquelles on a assisté. »

« Sachez que c’est un projet littéraire que j’ai voulu faire et que j’ai fait — je ne sais pas si je l’ai bien fait, à vous de le juger, qui tente de tirer un lien entre les problèmes d’aujourd’hui et de les relier à ce qui s’est passé en 1933. Ce que je voulais faire, ce n’était pas faire un écho parce que ça voudrait dire qu’il y a du vide entre nous deux, mais de retracer les racines de ces maux qui nous affligent aujourd’hui. Peut-être qu’en les identifiant, ces racines-là, on pourra les arracher, et qui sait, peut-être qu’un jour il y aura une plus grande justice sociale, moins de discrimination et, surtout, moins de brutalité », a souhaité Pierre Samson, auteur d’une fresque dépeignant le Montréal multiculturel de la Grande dépression, Le Mammouth (Héliotrope).

Présidé par Manon Dumais, responsable des contenus littéraires au Devoir, le jury de sélection du 18e Prix des collégiens était composé du critique au Devoir Christian Desmeules, du professeur titulaire au Département d’études françaises de l’Université du Nouveau-Brunswick (Fredericton), essayiste et critique à la revue Nuit Blanche Patrick Bergeron, de la postdoctorante du CRILCQ et autrice Clara Dupuis-Morency et de la responsable des pages culturelles au Devoir Louise-Maude Rioux Soucy.

Doté d’une bourse de 5000 $, le Prix vise à promouvoir la littérature actuelle auprès des collégiens en encourageant l’exercice du jugement critique. Il sera décerné le 9 avril 2021 par un grand jury formé d’élèves des collèges et des cégeps au Salon international du livre de Québec, si les conditions sociosanitaires le permettent.