«On ne touche pas»: la nuit, je mens

L'autrice Ketty Rouf
Photo: Marion Vallé L'autrice Ketty Rouf

Professeure de l’Éducation nationale, Ketty Rouf a librement puisé dans sa propre expérience pour écrire On ne touche pas, Prix du premier roman 2020. Si ce récit intimiste livré avec sobriété, franchise et humour se veut celui d’une femme renouant avec sa féminitétout en s’affranchissant du carcan de la beauté, On ne touche pas va encore plus loin alors que la romancière livre une critique amère du système d’éducation.

Joséphine, 35 ans, célibataire, sans enfant, prof de philo dans un lycée de Drancy, en a marre du système scolaire où l’on semble encourager et cultiver la médiocrité faute de moyens pour mieux soutenir les enseignants : « même établissement, mêmes collègues, même inéluctable désarroi, même trois classes, même programme », si dit-elle à la rentrée.

Le Xanax ne suffisant plus à lui faire oublier son morne quotidien et le manque d’intérêt de ses élèves, elle devient effeuilleuse dans un cabaret des Champs-Élysées. « Après trente-cinq ans, quatre mois et seize jours, Rose Lee est enfin née. »

Se délectant de son pouvoir de séduction sur les clients — « Chaque femme qui danse est Salomé. C’est pour ça qu’on danse, pour voir des têtes tomber, des hommes vaincus », Joséphine vit toutefois dans la peur de voir sa seconde identité révélée au grand jour.

Alors que Rose Lee s’épanouit la nuit au milieu de ces femmes aux prénoms de fleurs, se réappropriant son corps qu’elle apprend enfin à aimer, Joséphine voit avec plus d’acuité le marasme dans lequel s’enfonce l’éducation.

Si l’on suit avec intérêt l’évolution de Joséphine, ses réflexions sur l’égalité des sexes, sur le rapport à l’argent, sur le rôle de la culture, sur l’avenir de l’éducation et sur la notion de libre choix, force est d’admettre que le personnage manque étonnamment de chair et d’âme.

De fait, que ce soit dans ses rapports avec ses collègues, ses élèves, ses clients ou ses consœurs, tous réduits à n’être que des silhouettes floues auxquelles on peine à s’attacher, Joséphine semble être complètement détachée du monde dans lequel elle vit, le jour comme la nuit. Comme si elle était réduite à n’être qu’une créature de papier dans un roman à thèse.

On ne touche pas

★★★ 1/2

Ketty Rouf, Albin Michel, Paris, 2020, 238 pages