L’icone beatnik Diane di Prima s’éteint

Diane di Prima, en 2004
Photo: Gloria Graham sur Wikimedia Commons Diane di Prima, en 2004

Comme si le monde n’allait pas suffisamment mal, on apprend la disparition d’une grande figure féminine et plume de la Beat Generation : Diane di Prima, morte dimanche à San Francisco. « Je ne peux pas te promettre /que tu n’auras jamais faim / ou que tu ne seras jamais triste / sur ce globe /détruit / brûlé / mais je peux t’apprendre / mon chéri / à aimer assez / pour te briser le cœur / à jamais. » (Song for Baby-O, Unborn dans Pieces of a Song, 1990.) C’est chose faite.

Née à Brooklyn en 1934, la gamine de bonne famille écrit dès ses sept ans. Dans les années 1950, à l’aube de sa vie d’adulte, Diane di Prima plaque l’université et part s’installer à Greenwich Village, futur épicentre de la contre-culture, où elle va joyeusement profiter d’une multiplication d’excès à base de sexe, de drogues et d’alcool. Elle rencontre entre autres les poètes Jack Kerouac, Frank O’Hara, Audre Lorde, Allen Ginsberg et le fondateur du Black Arts Movements, Amiri Baraka. Avec ce dernier elle cofonde The Floating Bear, magazine de poésie qui lui vaut l’année de son lancement, en 1961, une arrestation par le FBI pour « obscénité ».

Son premier recueil de poésie, This Kind of Bird Flies Backward (1959),qu’elle lit tout sourire au sommet d’un piano planté au café Gaslight, lui permet d’asseoir sa renommée en tant que femme marginale et rebelle. Auteure de plus de quarante livres, la poétesse américaine souhaite être de toutes les expériences, comme parcourir les États-Unis avec son combi Volkswagen dans les années 1960, en commençant à flirter avec l’agnosticisme, le bouddhisme et la magie. Mais aussi l’expérience d’être mère (elle aura cinq enfants au total) et épouse (d’Alan Marlowe avec qui elle cofonde la maison d’édition The Poet Press).

Elle s’installe à San Francisco en 1968 où elle fréquente notamment les activistes Diggers. De ses poèmes qui se déplient gracieusement tels des flux de conscience coule une encre poétique et politique qui prêche la résistance à la monogamie (Mémoires d’une beatnik, 1969), décrit des rêves de tarot, distille la fluidité des corps ou ce que le sien traverse en tant que femme (l’un de ses poèmes, J’ai mes règles).

À la fin de sa vie, Diane di Prima se trouve grandement affaiblie par les syndromes de Parkinson et de Sjögren. Elle aura écrit, transmis, enseigné même et espéré que le monde devienne plus tolérant. Au Washington Post en 2017, elle termine pourtant cette note entre regret et espoir : « Je pensais que nous serions à ce jour bien plus civilisés. […] Mais je suis contente que les lignes entre hommes et femmes s’évaporent de plus en plus […] Nous ne savons pas qui nous sommes ni où nous allons. Comme lorsque je ne sais pas où un poème me mène avant qu’il ne s’écrive de lui-même. »

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