Les méfaits de Trump sont-ils irréversibles?

Sous Donald Trump, Washington a «eu tendance à négliger grandement l’agenda éthique», qui, malgré tant de graves entorses, fut, selon nos politologues, «l’un des piliers traditionnels» de sa politique étrangère.
Photo: Patrick Semansky Associated Press Sous Donald Trump, Washington a «eu tendance à négliger grandement l’agenda éthique», qui, malgré tant de graves entorses, fut, selon nos politologues, «l’un des piliers traditionnels» de sa politique étrangère.

Si, à la place de Donald Trump, le démocrate Joe Biden était élu président des États-Unis le 3 novembre, d’énormes difficultés, presque insurmontables, l’attendraient. Réparer les décisions funestes prises sur la scène mondiale de 2017 à 2020 est le défi que mesurent Charles-Philippe David et Élisabeth Vallet, chroniqueuse au Devoir, avec brio et prudence, en espérant que le manque de libéralisme et de démocratie n’ait pas atteint « un point de non-retour ».

Spécialistes au Québec des relations internationales, les coauteurs de Comment Trump a-t-il changé le monde ? citent le jugement de Madeleine Albright, secrétaire d’État sous Clinton : « Trump est le président le plus antidémocratique de l’histoire des États-Unis. » Avec ce mot, ils corroborent l’analyse de Stephen Walt, politologue de Harvard, de l’autoritarisme quele président voile sous une image démocratique.

Comme l’explique le circonspect et pénétrant Walt, le risque n’est pas de « basculer dans la dictature pure et simple, mais bien de voir s’établir une démocratie de façade dans laquelle le président dispose de pouvoirs débordant largement le cadre constitutionnel ». Nos politologues québécois, qui se réfèrent à leur confrère américain, font, eux aussi, une analyse saisissante.

Ils montrent que Trump « accélère une tendance déjà amorcée » en politique étrangère « et qui, dans le contexte actuel, pourrait s’avérer irréversible ». Selon eux, par exemple, le président actuel, fidèle à la non-ingérence d’Obama — chose surprenante pour ceux qui ne sont pas des observateurs assidus des États-Unis —, n’est pas intervenu pour juguler la « violence extrême en Syrie, au Myanmar, au Yémen ou même au Venezuela », en vertu de la norm eonusienne sur la « responsabilité de protéger », adoptée en 2005.

David et Vallet font bien de souligner que, sous Trump, Washington a « eu tendance à négliger grandement l’agenda éthique », qui, malgré tant de graves entorses, fut, selon nos politologues, « l’un des piliers traditionnels » de sa politique étrangère. Ce qui permet aujourd’hui à la Chine, devenue la rivale économique et politique mondiale des États-Unis, de devenir aussi, malgré son totalitarisme hérité de Mao, leur rivale en tant que garant de l’ordre planétaire.

De plus, le retrait américain par Trump du traité de Paris sur le changement climatique et le peu d’empressement du président à régler la crise de la COVID-19 favorisent le leadership mondial éventuel de la Chine, ironiquement très grand pollueur planétaire avec les États-Unis et, répète la Maison-Blanche, la source du coronavirus !

À ce déconcertant tableau, David et Vallet ajoutent le protectionnisme intempestif de Trump et son dédain de l’OTAN. Changer les choses équivaudrait presque à refaire le monde ! La tâche pour Biden, s’il gagne, sera-t-elle trop lourde ?

Extrait de «Comment Trump a-t-il changé le monde ?»

Le plus grand changement introduit par la crise pandémique sera la remise en question de l’ordre international et, tout particulièrement, du leadership américain dans celui-ci. Timothy Garton Ash, professeur d’histoire européenne à Oxford, pense que l’exceptionnalisme américain sortira très affaibli de la crise et que le rôle qu’ont rempli les États-Unis pendant des décennies après la Seconde Guerre mondiale sera fortement ébranlé.


Comment Trump a-t-il changé le monde ?

★★★★

Charles-Philippe David et Élisabeth Vallet, CNRS, Paris, 2020, 144 pages