«Joe Biden», de Jean-Éric Branaa: portrait d’un homme prévisible et secret

Tout prévisible qu’il soit, Joe Biden est aussi doué pour le compromis. Cela lui a permis de gagner notamment la confiance de Ronald Reagan, et c’est ce qui lui permet aujourd’hui d’offrir un plan B aux républicains modérés.
Photo: Carolyn Kaster Associated press Tout prévisible qu’il soit, Joe Biden est aussi doué pour le compromis. Cela lui a permis de gagner notamment la confiance de Ronald Reagan, et c’est ce qui lui permet aujourd’hui d’offrir un plan B aux républicains modérés.

Joe Biden, candidat démocrate à la présidence des États-Unis, est un homme secret. Si secret que peu de gens affirment vraiment le connaître, bien que l’homme soit depuis près de 50 ans au cœur de la vie politique américaine, où il a occupé plusieurs fonctions prestigieuses.

Né à Scranton, en Pennsylvanie, dans un milieu catholique modeste, puis déménagé à Wilmington, au Delaware, ce fils d’un vendeur de voitures et d’une femme au foyer défend pourtant les mêmes idées de gauche depuis 1972, dit Jean-Éric Branaa, spécialiste français de la politique américaine, qui signe la biographie Joe Biden, chez Édito. « À l’époque, c’était le Bernie Sanders » des États-Unis, dit-il, manifestement admiratif, en entrevue. Mais tout prévisible qu’il soit, Joe Biden est aussi doué pour le compromis. Cela lui a permis de gagner notamment la confiance de Ronald Reagan, qui, dans le passé, n’a pas hésité à lui confier des missions internationales secrètes. Et c’est ce qui lui permet aujourd’hui d’offrir un plan B aux républicains modérés, de se présenter comme le candidat qui fait « moins peur » à l’électorat qu’une Elizabeth Warren ou qu’un Bernie Sanders.

Cette relative discrétion de Joe Biden, raconte Jean-Éric Branaa, peut être liée à une attitude envers la presse, développée alors qu’il avait tout juste 30 ans, et qu’il était le plus jeune sénateur américain de l’histoire.

À cette époque, un accident de la route fauche la première femme de Biden, Neilia Hunter, et leur bébé de 18 mois, Amy. Biden se retrouve veuf, père de deux fils qui ont été épargnés dans l’accident. Le public est touché par l’histoire, et les journalistes talonnent Biden, qui refuse de leur donner prise sur sa vie. À l’époque, « il ne veut pas que l’on parle de sa vie privée », dit Branaa. Certains journalistes lui reprocheront cette fermeture, qu’ils prendront pour un sentiment de supériorité, ajoute le biographe.

« Quand on suit Joe Biden, on voit que ça n’est pas quelqu’un qui a toujours eu cette image sympathique du bon gars. Pendant très longtemps, il a eu de gros problèmes avec la presse, dont il s’est méfié très tôt », dit Branaa.

Mais 40 ans et une pandémie plus tard, Joe Biden apparaît à plusieurs comme quelqu’un dont l’« expérience, la compassion et la fiabilité » apporteront un peu de répit dans la tourmente. Comme sénateur, Joe Biden a été très actif, tant aux affaires internationales qu’en matière de justice. « Sa capacité extraordinaire de résilience a fini par être citée en exemple, alors que le pays était en souffrance profonde », écrit Jean-Éric Branaa. Parmi ses faits d’armes, on trouve aussi son combat pour l’avortement et contre le viol, y compris le viol conjugal, qui pourrait lui rallier les faveurs de plusieurs féministes, même si plusieurs femmes lui ont aussi reproché des comportements déplacés à leur égard.

Son père, son héros

Bien qu’il ait rencontré une collection de grands hommes autour de la planète, c’est Joe Biden père qui est le grand héros du candidat démocrate, écrit le biographe. Branaa raconte que Joseph Biden a quitté un emploi de directeur des ventes chez un concessionnaire automobile parce que le patron s’était amusé, à la fête de Noël, à verser un seau d’argent sur une piste de danse pour voir ses ouvriers se battre entre eux pour ramasser des pièces.

Mais Joe Biden junior aurait tout autant été marqué par son combat contre le bégaiement, qui a marqué ses jeunes années et l’a exposé aux moqueries. « Trump est un tyran, et Joe a résisté aux tyrans toute sa vie », a dit en interview la sœur de Joe Biden, Valerie.

Est-ce ce bégaiement qui a fait de Biden à la fois un « bavard virtuose », comme le décrit Branaa, et un gaffeur invétéré ? Il arrive en effet au candidat démocrate de confondre les noms des États, voire des chefs d’État, et les prénoms de ses interlocuteurs. Impossible de savoir si ces bourdes verbales, que la presse a fini par appeler des « bidenismes » proviennent de son bégaiement. Mais Jean-Éric Branaa conclut que la presse elle-même a fini par s’accommoder de ce travers, dont les humoristes font des gorges chaudes.

L’auteur ne s’en cache pas. Il est convaincu que Joe Biden gagnera les élections du 3 novembre aux États-Unis. « Sans ça, je n’aurais pas écrit cette biographie », dit-il. À 78 ans, Joe Biden pourrait bien être le président d’un seul mandat. Ce serait suffisant pour honorer une promesse de devenir président des États-Unis, faite à sa première femme et à Beau, son fils décédé en 2015.

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Joe Biden

Jean-Éric Branaa, Édito, Paris, 2020, 323 pages