«J’ai envie de t’entendre pour vrai», clame David Goudreault

Martine Letarte Collaboration spéciale
«Nous sommes curieux de savoir ce que vous vivez parce qu’on vous entend peu depuis le début cette crise», dit David Goudreault.
Photo: Courtoisie «Nous sommes curieux de savoir ce que vous vivez parce qu’on vous entend peu depuis le début cette crise», dit David Goudreault.

Ce texte fait partie du cahier spécial Le Petit D

Poète et slameur, David Goudreault a été le premier Québécois à remporter la Coupe du monde de poésie à Paris, en 2011. Il est également l’auteur de la trilogie romanesque La Bête. Et c’est aussi un travailleur social et le porte-parole du Mouvement santé mentale Québec qui vient de lancer le non-concours Déconfine tes pensées pour vous amener, vous, les jeunes, à exprimer par écrit ce que vous ressentez par rapport à la crise actuelle. Il a accepté de vous offrir quelques-uns de ses trucs d’écriture. 
 

Le Petit D : Comment savoir qu’on a un bon sujet pour commencer à écrire ?

David Goudreault : Pour le non-concours, je recommande de ne pas s’accrocher à un thème. On est en mode pandémie et en confinement depuis tellement longtemps que, forcément, le texte en sera teinté. L’idée, c’est de parler avec ses tripes de la façon dont la pandémie affecte tes relations, ton mental, tes habitudes de vie. Ce n’est pas une commande dirigée, c’est un non-concours, avec des non-consignes. On n’est pas dans le scolaire, on ne veut pas de beaux textes léchés, mais des textes vrais. Ça va faire mon bonheur si c’est rough, s’il y a des sacres, du joual, des expressions que je ne connais pas, parce que j’ai envie de t’entendre pour vrai. Un texte de rap, un poème, un récit, une réflexion, tout est bienvenu et ces textes résonneront dans le monde grâce à des artistes qui les liront. Nous sommes curieux de savoir ce que vous vivez parce qu’on vous entend peu depuis le début cette crise. 

Comment trouver l’inspiration ?

Moi, j’ai l’impression qu’il ne faut pas attendre. Il faut s’asseoir devant une feuille et commencer à écrire. Quitte à raturer, à se corriger. C’est en forgeant qu’on devient forgeron. Il y a des trucs aussi, comme l’écriture automatique : on écrit sans arrêt pendant quelques minutes et ensuite, on arrête et on fait le tri. J’aime bien écrire aussi avec des champs lexicaux : j’écris tous les mots qui me viennent en tête en pensant à un sujet et je pars de ça. Aussi, on peut essayer de choquer, dans le sens positif du terme. On pense à la chose la plus intense ou la plus originale qu’on peut dire sur un sujet et on écrit à partir de ça. Il faut se faire confiance, exprimer sa couleur, ne pas essayer de sonner comme son chanteur préféré. La création, c’est un rare moment de liberté.

Que faire lorsqu’on n’arrive pas à écrire quelque chose de bon ?

Souvent, on se juge trop sévèrement. Sur 20 phrases, il doit sûrement en avoir une qui doit rester. Je vois dans mes ateliers que les gens sous-estiment souvent ce qu’ils écrivent. Lorsqu’on lit ce qu’ils ont écrit devant le groupe, tout le monde est ému et c’est là qu’ils comprennent que ça résonne. Je suis un grand lecteur de poésie, mais certains des plus grands poèmes que j’ai lus ou entendus ont été écrits par des amateurs. Il faut faire attention à l’autocensure. Et si ça ne monte pas, c’est correct, l’inspiration n’est pas toujours obligée d’être là. Va faire autre chose et reviens.

Est-ce qu’écrire aide à garder une bonne santé mentale ?

Absolument. Pas pour tout le monde, mais ça fonctionne très bien pour certains. Je suis de ceux-là. J’ai souvent réalisé ce que je vivais en l’écrivant, et soigné ce qui me troublait par l’écriture. C’est un outil magnifique à développer et à transmettre. Comme travailleur social, j’ai vu aussi des gens qui ont soigné des traumatismes graves par l’écriture. Je suis convaincu que c’est une façon très efficace de rencontrer l’autre.

Tu as des éditeurs qui te font retravailler tes textes. Est-ce important de se faire relire ?

C’est très important pour s’assurer d’être compris, mais il faut choisir quelqu’un qu’on estime et qui est bienveillant. En même temps, il faut s’accrocher à ses sentiments profonds. Si on tient à quelque chose, même si ça dérange les gens, il faut le garder.


Tu as jusqu'au 15 décembre pour envoyer ton texte à campagne@mouvementsmq.ca.

Tu n’as plus rien à lire?

David Goudreault te recommande…

La collection Poésie de La courte échelle. « Elle publie entre autres Jean-Christophe Réhel et Véronique Grenier : c’est vraiment très intéressant ce qui se passe là. »

Naomi Fontaine, « pour le genre court, le récit. Je recommande l’ensemble de son oeuvre ».

François Blais, « pour son ton différent et son humour grinçant, je suis un fan inconditionnel, notamment pour Cataonie et Les rivières suivi de Les montagnes : deux histoires de fantômes ».