L’automne noir sera lourd

Photo: Adil Boukind Le Devoir

L’automne du polar sera touffu et coloré… sur fond sombre, bien sûr, puisque le genre est de plus en plus le reflet du monde. Signe de pandémie probablement, on notera toutefois que les éditeurs d’ici se montrent un peu plus frileux qu’à l’ordinaire alors que, de l’autre côté de l’Atlantique, c’est l’avalanche habituelle. Petit tour d’horizon.

Présence timide

Depuis qu’Andrée A. Michaud publie chez Rivages, Éric Plamondon dans Le Livre de Poche, Martin Michaud chez Kennes en Belgique et Louise Penney chez Actes Sud, les auteurs québécois prennent de plus en plus de place à l’international. Mais curieusement on l’a dit, les éditeurs d’ici se font très discrets cette année.

Heureusement, Druide publiera deux ouvrages collectifs. Le premier, Ponts, piloté par Chrystine Brouillet, réunit une bonne douzaine d’auteurs autour des œuvres de James Kennedy ; on retrouvera là, dès la semaine prochaine, de grandes pointures comme R. J. Ellory, Martin Michaud, Johanne Seymour, Benoît Bouthillette— dont on attend toujours la suite de L’heure sans ombre —, François Lévesque, David Goudreault et quelques autres. Le second, dirigé par l’infatigable Richard Migneault, Les nouveaux mystères à l’école, sortira en octobre et accueillera quatorze auteurs visant un public adolescent.

Ailleurs, presque rien, si ce n’est une nouvelle enquête de l’inspecteur Héroux de Guillaume Morissette, Quand je parle aux morts, publiée chez Guy Saint-Jean dans quelques semaines. Curiosité à signaler chez le même éditeur dès la semaine prochaine, un livre américain se lisant d’une traite et publié sous nom d’emprunt, Saine et sauve d’un certain S. K. Barnett. Une fillette kidnappée il y a plus d’une douzaine d’années refait surface et réintègre plus ou moins bien sa famille… Intrigant.

Tout comme ce livre d’un nouvel auteur qui vient de tomber sur mon bureau. Brasiers, de Marc Ménard (chez Tête première dès cette semaine), raconte une poursuite effrénée dans la forêt boréale sur les traces du passé tout autant que de la vengeance ; on vous en dira plus quand on aura lu la chose.

Des adieux et des retrouvailles

Nos cousins français sont vraiment, heureusement pour nous, les champions toutes catégories de la traduction ; c’est ce qui explique l’avalanche de nouveautés toutes les rentrées… et nous permet de lire des auteurs de polar de toutes les couleurs, scandinaves, africains et sud-américains. Sans compter, bien sûr, les pointures américaines et européennes de tous les genres qui n’écrivent pas en français. Mais rien n’est parfait. Ainsi, il fallait s’y attendre, la disparition de Philip Kerr, il y a deux ans déjà, tout comme celle d’Andrea Camilleri l’an dernier, sonnent le glas de deux des plus originaux enquêteurs : Bernie Gunther et Salvo Montalbano.

Dans le cas de Camilleri et de son commissaire gastronome inspiré directement de Pepe Carvalho, ce n’est cependant pas tout à fait juste. On le reverra d’abord dans Le manège des erreurs (mi-novembre chez Fleuve noir) alors qu’il mène une enquête trouble où il est question d’enlèvements de jeunes femmes, de la disparition d’un coureur de jupons et de… vieillissement — Andrea Camilleri est mort en écrivant, à 93 ans. Après cette 28e enquête, il restera encore trois aventures de Montalbano à traduire en français. Sursum corda !

Par contre, Métropolis (au Seuil vers la fin novembre) sera bien le dernier tour de piste de Bernie Gunther. Un peu comme dans la série de Netflix sur Kurt Wallander, on le retrouvera tout jeune, en 1928, nouvellement affecté à la Kripo alors qu’il enquête sur un tueur en série profitant de l’effervescence explosive du Berlin de l’entre-deux-guerres. Après cette finale en forme de début, il faudra tout relire de Philip Kerr...

Dans la série des retrouvailles encore, Sophie Hannah propose sa troisième nouvelle enquête d’Hercule Poirot « accréditée » par la succession Agatha Christie (au Masque, début octobre). Meurtres à Kingfisher Hill met en scène une coupable peu convaincante et comme à l’habitude, Poirot devra théâtralement séparer le vrai du faux. Une série plutôt réussie jusqu’ici.

Du côté des poids lourds, il faut s’attendre à une récolte plutôt généreuse. Donna Leon, par exemple, nous revient (fin octobre chez Calmann-Lévy) avec une 28e enquête (encore !) de Guido Brunetti, Quand un fils nous est donné. Ici, le commissaire répond à une demande de son beau-père, le comte Falier, qui s’inquiète d’un de ses amis voulant léguer sa fortune à son jeune amant. Brunetti n’aime pas mêler famille et travail, mais voilà que l’on retrouve bientôt l’ami assassiné…

Dans Une évidence trompeuse(mi-octobre chez Gallmeister), Craig Johnson soumet son trio de choc — Longmire, Vic et Henry — à une cure d’intensité alors qu’un groupe de motards s’appuie sur de fausses preuves pour brouiller les cartes. Il leur faudra impérativement démêler l’écheveau pour s’en sortir.

Avec Incendie nocturne (chez Calmann-Lévy, fin octobre), Michael Connelly revient avec son nouveau duo d’enquêteurs Bosch-Ballard qui travaillent ensemble sur une vieille affaire non résolue pointée par l’ancien mentor du jeune Bosch au LAPD. Le titre fait allusion au feu sacré qui doit habiter l’enquêteur qui s’engage dans une affaire.

Et puis il y a tous les autres dont on ne peut évoquer ici, en rafale, que les plus célèbres : Don Winslow, qui publie Le prix de la vengeance, fin octobre chez Harper-Collins :Ragnar Jonasson qui poursuit avec Siglo (parution fin septembre chez La Martinière) sa saga Ari Thor se déroulant à Siglufjördur, tout au nord de l’Islande : Lee Child, avec Simples déductions, une série de nouvelles (Calmann-Lévy, mi-octobre) expliquant la genèse de son personnage fétiche Jack Reacher : ou HarlanCoben qui propose L’inconnu de la forêt chez Belfond, fin octobre, une histoire sombre, évidemment.

Voilà ce qui arrive quand les romans se bousculent par centaines comme pour regarder les feuilles se colorer avant de tomber !