Dix romans d’ici à surveiller

Photo: Adil Boukind Le Devoir

Parce que la sortie de plusieurs des romans, récits et recueils de nouvelles qui étaient attendus au printemps a été repoussée en raison de vous savez quoi, la rentrée littéraire d’automne aura rarement été aussi hâtive qu’en 2020.

Les sorties majeures se disputent ainsi déjà depuis début août (!) l’attention des lecteurs et les présentoirs des libraires. C’est donc dans un train en marche que nous sautons avec, en poche, cette liste de fictions québécoises attendues dans les prochains mois.

Mon (jeune) amant français de Josée Blanchette

Le quinquagénaire qui, sous le coup de l’andropause, se pousse avec une jeunette ? On pourrait remplir le coffre d’une Camaro avec tous les (mauvais) romans arrachés à ce scénario éculé. L’irremplaçable chroniqueuse Josée Blanchette renverse ce cliché dans un premier roman évoquant (entre autres) polyamour et trip d’ayahuasca. Quand son mari médecin la quitte pour une résidente, Jeanne se réfugie dans les bras d’un beau Français, de vingt-cinq ans son cadet. Chez Druide, le 23 septembre.

 
 

Faire les sucres de Fanny Britt

Avec Les maisons, son premier roman, Fanny Britt nous ensorcelait grâce à la musique d’une écriture aussi doucement mélancolique qu’un dimanche après-midi. Elle poursuit dans Faire les sucres, un roman choral, le travail amorcé dans son essai Les retranchées, en auscultant la question de nos privilèges, sur fond de couple qui s’étiole. Au Cheval d’août le 7 octobre.

 


 
 

Em de Kim Thúy

Alors que la guerre du Vietnam achève, le président Ford lance, le 3 avril 1975, l’opération Babylift. Trois mille orphelins vietnamiens se retrouveront parmi des familles occidentales. C’est de cette mission, que d’aucuns considèrent comme une entreprise de kidnapping institutionnalisée, que s’inspire notamment la populaire Kim Thúy dans ce quatrième roman. Chez Libre Expression, le 4 novembre.




 
 

L’avenir de Catherine Leroux

En temps normal, un titre comme L’avenir serait déjà un titre chargé. Inutile de souligner qu’il l’est davantage en ces temps incertains que nous traversons. Réjouissons-nous cependant que ce roman de Catherine Leroux (Le mur mitoyen, Madame Victoria) propose un « plaidoyer pour une humanité renouvelée » — on en aura bien besoin — se déroulant dans une « version imaginée » de Detroit, une ville qui sait très bien ce que cela signifie que de se réinventer. Chez Alto, le 15 septembre.

 
 

Qu’as-tu fait de mon pays ? d’An Antane Kapesh

En rééditant, l’an dernier, Je suis une maudite sauvagesse, puissant réquisitoire dans lequel An Antane Kapesh s’adresse directement à celui qui est venu piller son territoire, Mémoire d’encrier et Naomi Fontaine rendaient enfin disponible un texte fondateur des littératures autochtones contemporaines, près de 45 ans après sa publication initiale. La remise en valeur de l’œuvre de celle que l’on qualifie de première autrice innue se poursuit avec Qu’as-tu fait de mon pays ? – Tanite nene etutamin nitassi ?, un conte philosophique sur la colonisation, d’abord paru en 1979. Chez Mémoire d’encrier, déjà en librairie.

 
 

Une mère, suivi de Trente tableaux de Paule Baillargeon

Comment prendre soin de sa maman malade, quand on a entretenu avec elle une relation difficile ? Entre culpabilité, doute et haine, c’est la question que se pose la réalisatrice et comédienne Paule Baillargeon dans Une mère, son deuxième livre, un récit d’une « franchise radicale », promet-on. Aux Herbes rouges, 14 octobre.





 


 

Carrousel encyclopédique des grandes vérités de la vie moderne de Marc-Antoine K. Phaneuf

Puisque ce cahier de la rentrée ne contient pas de texte qui recense les livres ne correspondant à aucune catégorie, glissons ici un mot au sujet du Carrousel de l’inimitable Marc-Antoine K. Phaneuf. Nous apprendrons dans ce recueil d’aphorismes absurdes, mensongers et/ou lumineux qu’« On ne peut lire l’avenir qu’à très court terme avec une boule de bowling ». Chose certaine : avec K. Phaneuf, l’avenir a toujours l’élégance d’être étonnant. Chez La Peuplade, le 1er octobre.

 
 

Quand il fait triste Bertha chante de Rodney Saint-Éloi

Le poète Rodney Saint-Éloi chantait dans son plus récent recueil, Nous ne trahirons pas le poème, les précieuses leçons de vie apprises auprès de sa grand-mère Tida. C’est maintenant à sa mère qu’il rend hommage avec ce roman dans lequel il s’adresse directement à cette « amoureuse de l’amour », une femme courage qui aura élevé seule quatre enfants. Chez Québec Amérique, le 13 octobre.

 
 

Rayonnements de Ying Chen

Plutôt que de mettre en lumière le couple Pierre et Marie Curie, c’est à un autre duo exceptionnel que s’intéresse Ying Chen : celui que formaient Marie Curie et sa fille Irène, elle aussi scientifique. Mais comme dans Blessures, son précédent roman épousant la trajectoire du médecin Norman Bethune, l’écrivaine se tient judicieusement à distance du ton du roman historique pour mieux fouiller la vie intérieure de ses personnages empruntés à la grande histoire. Chez Leméac, déjà en librairie.

 
 

Avec un poignard de Mathieu Leroux

Dans la cage, son premier roman paru en 2013, se déployait en une rafale de phrases-choc, grâce à un narrateur ne connaissant, comme palliatif au dégout de soi, que le délétère refuge de l’excès. Avec un poignard, deuxième roman de Mathieu Leroux, s’annonce tout aussi percutant. Entre Las Vegas et Berlin, des villes dont la modération a depuis longtemps été bannie, un homme tente de comprendre pourquoi il ne sait résister à l’appel de la noirceur en lui. Chez Héliotrope, le 16 septembre.

Des collectifs pertinents

Si le phénomène des recueils collectifs génère son lot de parutions facultatives, il permet parfois d’explorer un angle mort de notre littérature. Après avoir constaté que « les personnages féminins sont rarement de mauvaise foi et, lorsqu’ils le sont, c’est toujours pour une bonne raison », la romancière Fanie Demeule et sa camaradeKrystel Bertrand invitent, dans Cruelles (Tête Première, 6 octobre), des auteurs aussi différents que Marie-Pier Lafontaine etPatrick Sénecal à façonner des protagonistes féminines dont la cruauté serait inexcusable. Gardons aussi un oeil sur les Futurs (Triptyque, 30 septembre) qu’explorent les auteurs réunis par Mathieu Villeneuve, dans un recueil de nouvelles de science-fiction, ainsi qu’à D’autres mondes (Québec Amérique, 29 septembre), la suite de Monstres et fantômes, quinze nouvelles d’horreur signées par autant d’autrices, dont Karoline Georges et Élise Turcotte.

Des premiers romans intrigants

C’est dans un fébrile garde-à-vous que nous attendons Esprit de corps (Le Quartanier, 3 novembre), une immersion dans un cours de recrue de l’armée de réserve présentée par Jean-François Vaillancourt, lui-même ancien militaire. Myriam Vincent raconte quant à elle, dans Furie (Poètes de brousse, 28 septembre), la double vie d’une étudiante et tueuse à gages… qui n’exécute que des personnes ayant commis des crimes sexuels. Dans Fais de beaux rêves (Boréal, 22 septembre), la poète Virginie Chaloux-Gendron fouille les angoisses d’une femme obsédée par la crainte de perdre son enfant. Quant à Caroline Dawson, elle se souvient de son arrivée à Montréal en tant que réfugiée chilienne dans Là où je me terre (Éditions du remue-ménage, 3 novembre), un récit personnel porté par le désir de « rompre avec l’idée de la “bonne immigrante” ».

D’autres sorties à surveiller

Le livre inachevé de l’orgueil des rats : Grand hall (Leméac) de René-Daniel Dubois, le 23 septembre

Les Fourchettes (Hurtubise) de Sarah-Maude Beauchesne, le 23 septembre

Le dessinateur (Lévesque éditeur) de Sergio Kokis, en octobre

Pleurer au fond des mascottes (Québec Amérique) de Simon Boulerice, le 6 octobre

Méduse (Alto) de Martine Desjardins, le 13 octobre

Tracés de voyage (XYZ) d’Ugo Monticone, le 28 octobre