Des mondes à soi

Photo: Adil Boukind Le Devoir
 

Journal d’une pandémie

« À l’instant, le directeur adjoint de la revue littéraire Shouhuo, Cheng Yongxin, m’a envoyé un message : “Pourquoi ne pas écrire un journal de quarantaine ?” C’est vrai, si mon compte Weibo fonctionne, je devrais sans doute continuer d’y écrire. Cela informera tout le monde de la réalité de la situation à Wuhan », écrivait Fang Fang (Soleil du crépuscule, Début fatal) dans son journal le 25 janvier 2020, alors qu’une « terrible catastrophe » s’abattait sur sa ville et que débutait un strict confinement qui allait durer plus de 60 jours. Malgré la censure et les attaques des ultranationalistes qu’elle ne s’est jamais empêchée de critiquer ouvertement, l’écrivaine chinoise a réussi à raconter à des dizaines de millions d’internautes grâce aux réseaux sociaux, tant en public qu’en privé, tout ce qui se déroulait dans la ville où tout a commencé. Dans Wuhan, ville close (Stock), son précieux témoignage s’éloigne de ce que les autorités chinoises ont bien voulu révéler au monde entier. Le 14 septembre.

 
 

Haro sur les cons

« Quand nous disons d’un discours que “c’est du vent”, nous signifions que rien d’autre ne sort de la bouche de l’orateur. Une simple vapeur. Ses paroles sont creuses, sans substance ni contenu. Par là même, son maniement du langage n’est d’aucune utilité pour le but qu’il prétend servir. L’orateur ne communique pas plus d’informations que s’il s’était contenté d’expirer l’air de ses poumons. » Professeur émérite à Princeton, le grand philosophe américain Harry Frankfurt signe De l’art de dire des conneries (Fayard), court essai paru en 2005 sous le titre peu élégant mais ô combien éloquent On Bullshit, sur ce qu’on appelle le baratin, afin de permettre à tous « de ne plus jamais confondre connerie avec fumisterie, foutaise, baliverne ou sornette, et repérer à coup sûr tous les baratineurs ». À l’ère des fausses nouvelles, des délires complotistes et autres dérives d’experts autoproclamés qui pullulent sur les réseaux sociaux, voilà un petit guide qui ne saurait arriver plus à point. Le 14 octobre.

 
 

Histoire des pandémies

« Les pages qui suivent racontent l’histoire des pandémies à travers le prisme de l’action humaine. C’est une histoire où l’avenir des pandémies, tout comme leur passé, est mêlé au nôtre. Nous le tenons entre nos mains. » Croyez-le ou non, la version originale de Pandémie (Écosociété), de Sonia Shah, journaliste scientifique américaine, date de 2016. Rappelons qu’avant que la COVID-19 ne bouscule nos vies, 90 % des épidémiologistes avaient annoncé une pandémie en s’appuyant sur le fait qu’au cours des 50 dernières années, pas moins de 300 maladies infectieuses étaient apparues ou avaient refait surface. Remontant le fil de l’histoire, l’autrice s’est intéressée aux principales pandémies et a suivi leur évolution afin de tracer un portrait de la situation qui nous attend et de suggérer comment y échapper. Salué par la presse américaine, « choix du rédacteur en chef » du New York Times, l’ouvrage ne pouvait être publié chez nous à un meilleur moment alors qu’une deuxième vague semble impossible à éviter. Le 14 octobre.

 
 

Vieillir, quelle idée!

« Quand j’ai dit que j’y consacrais un livre, on s’est le plus souvent exclamé : “Quelle idée ! C’est triste ! C’est morbide !” C’est justement pourquoi j’ai écrit ces pages. J’ai voulu décrire en vérité la condition de ces parias et la manière dont ils la vivent, j’ai voulu faire entendre leur voix ; on sera obligé de reconnaître que c’est une voix humaine », écrivait Simone de Beauvoir dans La vieillesse, en 1970. Cinquante ans plus tard, qu’en est-il de ce qu’on appelle l’âge d’or, de ceux qu’on appelle nos aînés, de notre société vieillissante ? Dans La voyageuse de nuit (Grasset), essai en forme de carnet, l’essayiste, journaliste et romancière Laure Adler tente d’y répondre : « Attention, ce livre n’est en aucun cas un guide pour bien vieillir, mais la description subjective de ce que veut dire vieillir, ainsi qu’un cri de colère contre ce que la société fait subir aux vieux. La vieillesse demeure un impensé. Simone de Beauvoir avait raison : c’est une question de civilisation. Continuons le combat ! » Le 21 octobre.

 
 

Eau secours!

« “Disparition des glaciers”, “records de température”, “acidification des océans”, “augmentation des émissions”, ces mots englobent des phénomènes plus graves que tous les évènements auxquels les êtres humains ont été confrontés au cours de leur histoire. Si nous étions à même d’en saisir toute la portée, nos comportements et nos décisions en seraient profondément modifiés. Mais tout se passe comme si 99 % de la signification de ces mots se perdait dans le bourdonnement ambiant », note Andri Snaer Magnason (Les enfants de la planète bleue, Gallimard) dans Du temps et de l’eau (XYZ). Témoin de la disparition des glaciers, l’écrivain et cinéaste islandais s’appuie sur des études sur les changements climatiques, des entretiens avec des personnalités, dont le Dalaï-Lama, des poèmes, des mythes, des légendes, l’histoire du monde et sa propre expérience afin de nous faire prendre conscience de l’urgence de la situation. Le 28 octobre.