Pépites littéraires pour petits et grands

Photo: Adil Boukind Le Devoir

Pour les tout-petits

L’éditeur Monsieur Ed publie peu, mais publie bien. Avec Élénor (29 septembre), Odette Barberousse— pseudonyme d’Aurélie Barbedette— explore l’univers fantasmagorique du rêve. Élénor ne croit pas à ce monde parallèle jusqu’à ce qu’elle y entre. Les illustrations réalisées au crayon de couleurs’offrent comme autant de tableaux énigmatiques dans lesquels tout devient possible. L’abondance de couleurs et de détails ajoute à l’effet envoûtant de l’ensemble. À Comme des géants, plusieurs titres fabuleux feront le bonheur des petits, notamment Perdu dans la ville (7 octobre), album dans lequel on suit la traversée d’un petit garçon dans la cité. Sydney Smith (Je vois la mer) y combine habilement intrigue et sensibilité, tout en assurant une chute des plus étonnantes. Fameux !Du côté européen, on retient Parfois on a l’impression qu’il ne se passe rien (Sarbacane, 4 novembre) de Simon Priem et Stéphane Poulin. Une histoire de rien du tout, celle de ce temps qui passe et qui semble parfois immobile. Et pourtant, la vie surprend, étonne et ravit là où on ne s’y attend pas.

 
 

Après la pièce, la bédé

Écrite par Larry Tremblay et produite en 2016 par le Théâtre Le Clou, la pièce pour adolescents Le garçon au visage disparu connaît une deuxième vie cet automne grâce aux Éditions de La Bagnole, qui publient cette histoire sous forme de bande dessinée. L’auteur recrée ici l’étrangeté propre à la pièce, l’atmosphère inquiétante portée par ce personnage en quête de lui-même, troublé par la disparition de son père. Sur fond de film d’horreur, le récit du jeune homme alterne avec celui de sa mère, éplorée, cherchant ici et là de l’aide pour sauver son fils de ce mauvais pas. Policier, psychiatre, prêtre, chacun questionne, tente de comprendre, tout aussi désemparé l’un que l’autre. Présentées dans des couleurs sombres, alternant entre des verts émeraude et des rouges profonds, les illustrations de Pierre Lecrenier appuient avec doigté l’émotion des personnages jusqu’à cette finale, prenante, qui laisse le lecteur dans l’espoir. Une plongée tout en finesse au cœur de l’adolescence et des questions identitaires qui s’y rattachent.

 

S’instruire dans le plaisir

À La courte échelle, Simone de Beauvoir et le danseur Rudolf Noureev entrent dans la collection « De petit à grand ». Signés par Maria Isabel Sanchez Vegara et respectivement illustrés par Christine Roussey et Eleonora Arosio, ces deux titres nous invitent à découvrir deux géants qui ont, chacun à leur façon, décloisonné les idées reçues et ouvert la voie à de nouvelles façons de concevoir l’homme et la femme (octobre). Enfin, dans la collection « Savais-tu ? » chez Michel Quintin, Alain M. Bergeron signe Les koalas (août). Ce titre, tout aussi rigoureux et amusant que les précédents, est par ailleurs le 300e titre écrit par cet infatigable auteur.

 
 

Autour du roman

Martine Latulippe, Louis Émond, Jacques Lazure, Camille Bouchard, Cécile Gagnon, Gilles Tibo, Robert Davidts et Jean-François Sénéchal font partie des nombreux auteurs que nous pourrons lire cet automne. Dans le lot, l’éditeur Soulières a notamment à son répertoire quelques titres pas piqués des vers. Les effacés (31 août) de Jacques Lazure en est. L’auteur y met en scène de façon tout à fait loufoque des auteurs oubliés du XIXe siècle. Il adapte quelques œuvres, soulignant au passage les forces et défauts de ses prédécesseurs tout en dialoguant avec eux. Belle initiation à cette littérature passée. Jean-François Sénéchal clôt quant à lui le cycle de Chris avec Les avenues (19 août, Leméac). On retrouve ici le jeune homme, maintenant jeune papa, qui tente de retrouver, non sans heurt, sa mère. François Gravel et Martine Latulippe unissent leur talent pour enrichir la collection noire de La courte échelle avec Ça leur apprendra à sortir la nuit (septembre). Un suspense tenu à bout de bras par deux adolescents frondeurs.

 
 

Faire le plein d’albums pour les grands

Avec Créatures (6 octobre, Les 400 coups), l’auteur et illustrateur argentin Chanti (Santiago Gonzalez Riga) plonge les lecteurs de 9 ans dans une histoire de monstres et de peur, de la belle noirceur à faire frémir et rigoler à la fois. Le tout réalisé avec une simplicité désarmante. Un trait blanc sur fond noir et plein d’espace pour décrocher du réel. Dans un tout autre registre, chez Isatis, Laurent Chabin et Christine Delezenne offrent, avec Le lac assassiné (12 août, 11 ans et plus), un roman graphique écologique dans lequel un poisson raconte le triste sort réservé à son lac. Laurent Chabin a l’art de frapper là où il faut sans concession et sans peur de bousculer, bien au contraire. Les collages percutants de Delezenne crééent quant à eux un effet tout aussi saisissant. Enfin, Sophie Blitman et Gérard Dubois présentent Jamais l’un.e sans l’autre (Actes Sud junior, début octobre), un recueil de quelques classiques de la littérature présentés à partir de personnages emblématiques : Arthur et Merlin, Pénélope et Ulysse… Du grand art pour les 11 ans et plus.