Cinq bédés qui ont piqué notre curiosité

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Aliss, douce Aliss

Lasse de son Brossard natal, Alice, 18 ans, quitte le cégep et part à la recherche d’elle-même en s’installant dans un quartier de Montréal où l’excentricité et la marginalité sont choses courantes. Désormais nommée Aliss, la jeune fille s’initie à la drogue et fraye avec une faune pas toujours bienveillante, parmi laquelle évolue Michelle Beaulieu alias la Reine rouge, digne fille du meurtrier de 5150, rue des Ormes, roman transposé au grand écran par Éric Tessier en 2009. Parue en 2000 chez Alire, la relecture trash, sombre et urbaine d’Alice au pays des merveilles de Patrick Senécal, grand maître de l’horreur devant l’Éternel, connaît une seconde vie grâce aux bons soins du bédéiste Jeik Dion, à qui l’on doit les adaptations de Turbo Kid (Studio Lounak), film de science-fiction de RKSS, et d’Amos Daragon (Perro Éditeur), romans fantastiques de Bryan Perro. Publié chez Front Froid, Aliss est une rencontre au sommet qui ne risque pas de passer inaperçue. Le 29 octobre.

 
 

Chère voisine

Né à Paris en 1990, Lucas Harari a fait une entrée remarquée dans l’univers de la bande dessinée en 2017 avec L’aimant, superbe album aux lignes épurées trahissant ses études en architecture et en arts décoratifs. Empruntant son titre à une chanson de Nana Mouskouri, La dernière rose de l’été (Sarbacane) est annoncée ni plus ni moins comme un « policier intimiste hitchcockien d’inspiration Nouvelle Vague ». Rien que cette description donne envie de se précipiter à la librairie. Aspirant écrivain contraint de gagner sa vie dans un lavoir en attendant d’être touché par sa muse, Léo se voit offrir par un cousin de garder sa résidence secondaire au bord de la mer. À peine arrivé, le timide parisien goûte à la dolce vita avec ses riches voisins. Puis des jeunes hommes disparaissent mystérieusement. Entrent alors en scène l’inspecteur Beloeil et Rose, sa nouvelle voisine… « Même si c’est la première / Que tu aies jamais trouvée / C’est peut-être aussi la dernière / Et la vie n’a qu’un seul été », chantait Nana. Septembre.

 
 

Détective de choc

Né en 1942 sous la plume de l’écrivain et poète Léo Malet, qui lui a prêté plusieurs de ses traits de caractère et son cœur d’anarchiste, Nestor Burma a eu plus de vies qu’un chat. Du roman au théâtre, en passant par le cinéma, la radio et la télé. Grâce au grand Tardi, le détective de choc a fait son entrée par la grande porte dans le 9 art en 1982. Bien d’autres ont succédé au père d’Adèle Blanc-Sec depuis. Pour le 13e tome, c’est le scénariste Emmanuel Moyot et l’illustrateur François Ravard qui ont pris le relais, en prenant bien soin de préserver l’esprit de Malet et l’esthétique de Tardi. Se déroulant en 1955 — année de parution du roman original — dans le 14e arrondissement, Les rats de Montsouris (Casterman) nous ramène Nestor Burma alors qu’il est engagé par un ancien partenaire de captivité au stalag et un riche bourgeois soupçonné d’avoir collaboré avec les Allemands durant l’Occupation. Les deux affaires le mèneront sur la piste d’un gang de cambrioleurs. Septembre.

 
 

Des planches aux planches

Fabien Cloutier (Scotstown et Cranbourne) n’a pas son pareil pour parler des petites gens, surtout celles qui se battent pour s’en sortir, mais finissent par s’enfoncer faute de faire les bons choix, et ce, dans une langue aussi colorée que singulière. C’est notamment le cas dans Pour réussir un poulet, pièce parue à L’Instant même en 2014, dans laquelle Carl Beaudoin et Steven Gilbert tentent de boucler les fins de mois en ramassant de la ferraille pour le compte de Mario Vaillancourt, propriétaire pas très net d’un centre commercial. Les choses ne feront qu’empirer pour eux lorsqu’ils se lanceront dans la revente d’huîtres. Écrite et mise en scène par Fabien Cloutier, créée à La Licorne en 2014 et récipiendaire du Prix du Gouverneur général l’année suivante, la pièce à cinq personnages fait l’objet d’une libre adaptation par Paul Bordeleau (Faüne et Le 7e vert) à La Pastèque. Ex-éditorialiste-illustrateur à La Presse et au magazine Voir, ce dernier possède un trait vif seyant bien à la plume acérée du premier. Le 20 septembre.

 
 

Retour à Hobtown

Sorti en janvier, L’affaire des hommes disparus, premier tome des Mystères de Hobtown, nous faisait découvrir un club de détectives amateurs dont les aventures évoquaient celles de Nancy Drew et des frères Hardy si elles avaient été revisitées par David Lynch et transposées à Twin Peaks. Joli mélange, non ? Quel bonheur de pouvoir retourner dans cette petite ville de la Nouvelle-Écosse imaginée par le scénariste Kris Bertin et le dessinateur Alexander Forbes. D’autant plus qu’on nous promet cette fois de plonger dans un univers rappelant celui de Harry Potter et du Suspiria de Dario Argento. Campé à l’approche des Fêtes, L’ermite maudit (Pow Pow) met en scène Dana et sa bande, qui devront enquêter sur les sombres secrets de l’académie de Knotty Pines, vénérable institution de Hobtown réservée à l’élite où étudient Pauline et Brennan, laquelle aurait été frappée par une effroyable malédiction. Vous aviez aimé le riche coup de crayon de Forbes ? Attendez dedécouvrir ses images cauchemardesques… Le 6 octobre.