«Une rose seule»: mystique Kyoto

L'écrivaine Muriel Barbery
Photo: Paul Guyonnet RTL.fr L'écrivaine Muriel Barbery

Dans L’élégance du hérisson (Gallimard, 2000), son deuxième roman, Muriel Barbery transformait la vie de Renée, abrasive concierge quinquagénaire, en faisant entrer en scène Kakuro Ozu, locataire japonais aimable, raffiné et cultivé, avec qui elle pouvait partager sa passion pour la littérature et la philosophie. Il y a un peu de cela dans son cinquième roman, Une rose seule.

Née d’une mère française, Rose, botaniste au tempérament mélancolique, se rend à Kyoto pour la lecture du testament de son père, Haru, marchand d’art japonais, qu’elle n’a pas connu. Selon les volontés du défunt, la quadragénaire devra visiter divers temples avec Paul, son exécuteur testamentaire belge.

« Elle s’allongea sur les tatamis de sa chambre. Je marche sur le toit de l’enfer sans regarder les fleurs, pensa-t-elle et, dans le même temps, elle revit les grandes azalées du Shisen-dô. »

Au fil des pages de ce roman esquissant délicatement le cheminement spirituel d’une femme endeuillée, on ne peut que se demander si l’autrice a été nourrie aux romans Harlequin. De fait, avec son héroïne rousse prisonnière d’un cadre exotique et son mutique partenaire au passé mystérieux avec qui elle entretient une relation quelque peu glaciale, voire hostile — il faut dire qu’elle est une « emmerdeuse professionnelle » —, Une rose seule évoque ces anonymes romans à l’eau de rose dont on connaît d’emblée le dénouement. Rassurez-vous, la dame a plus de talent et d’originalité que les auteurs desdits romans écrits selon la même formule.

Plutôt que d’envoyer des cartes postales du Japon d’aujourd’hui — certes on se délecte de poisson, de thé, de saké et de bière dans différents bouibouis ou salons de thé —, Muriel Barbery s’inspire du folklore et de mythes japonais pour illustrer la transformation de Rose au contact de la culture de son père. Ainsi, chaque chapitre est précédé d’un court récit, lequel lui donne son titre et sa teneur (« Violettes dans la glace », « Un camélia mouillé de ses larmes », « La mousse caresse la pierre »).

Épousant la mécanique d’un rituel, empreint d’une sobre sensualité, le récit initiatique de cette femme déracinée transcende la romance conventionnelle au profit d’une célébration de la vie et de la force de la nature.

Une rose seule

★★★

Muriel Barbery, Actes Sud, Paris, 2020, 158 pages