«La Terre est une poubelle en feu»: crise climatique et mal colonial

Dans son style imagé, relâché, populaire, Frédéric Bérard exprime sa crainte raisonnable de voir l’humanité disparaître à cause des agissements des climatosceptiques.
Photo: Paméla Lajeunesse Dans son style imagé, relâché, populaire, Frédéric Bérard exprime sa crainte raisonnable de voir l’humanité disparaître à cause des agissements des climatosceptiques.

Admirateur d’Albert Camus et se voulant, comme lui, le défenseur des droits de la personne, le juriste québécois Frédéric Bérard semble oublier que ce maître spirituel, interrogé en 1957 sur la violence indépendantiste dans son Algérie natale, déclara : « Si c’est cela la justice, je préfère ma mère », membre de la minorité coloniale menacée du pays. Mais Bérard apparaît combien plus conséquent lorsqu’il se fait le champion de l’écologisme.

L’essentiel de son essai La Terre est une poubelle en feu porte d’ailleurs sur le péril planétaire du réchauffement climatique. Le livre réunit des textes de 2018 à 2020 de la chronique que Bérard, plus comme politologue que comme juriste, tient dans le journal montréalais Métro. S’y ajoutent des inédits du chroniqueur né à Mont-Laurier en 1977. Salomé Corbo, comédienne et militante écologiste, signe une sympathique postface.

Dans son style imagé, volontiers heurté, relâché, populaire, Bérard exprime sa crainte raisonnable de voir l’humanité disparaître à cause des agissements des climatosceptiques, comme le président des États-Unis, Donald Trump, qui ferme les yeux sur la pollution industrielle, et le président du Brésil, Jair Bolsonaro, dont l’économisme aveugle menace ce qu’il reste de la forêt amazonienne, « poumon de la planète ». Il n’hésite pas à dépeindre ces deux dirigeants comme des fascistes en puissance.

Il n’épargne pas, en n’exagérant rien du blâme qu’il lui adresse, Justin Trudeau, premier ministre du Canada, chez qui l’électoralisme contredit le progressisme théâtral, sentimental, voire pleurnicheur, par l’achat en 2018 avec les deniers publics du polluant réseau d’oléoducs Trans Mountain entre l’Alberta et la Colombie-Britannique. Devant l’irresponsabilité politique, Bérard, ce voyant, trouve un bienfait dans la crise sanitaire causée par la COVID-19.

« Un peu comme si le présent virus, explique-t-il, nous servait d’avertissement ultime. » Puis le sage conclut : « Nos modes de vie sont, avouons-le, antinomiques avec la survie de l’espèce. »

À François Legault, premier ministre du Québec, le chroniqueur reproche de rester sourd à l’appel de Gabriel Nadeau-Dubois, de Québec solidaire, sur l’urgence de remédier au réchauffement climatique. Il lui reproche aussi de manquer de sensibilité à l’égard de nos minorités culturelles.

Si Bérard est déçu, à juste titre, du conservatisme et du populisme de Legault, il oublie que l’évolution sociopolitique n’a pas encore guéri complètement les blessures du passé colonial du Québec. Cela expliquerait pourquoi tant de Québécois craignent que les minorités culturelles n’adhèrent pas avec spontanéité à leur nation. Les luttes anticoloniales ont partout culbuté la justice et l’État de droit, notions que Bérard voit, comme son maître Camus, d’un œil trop tranquille et trop occidental.

Extrait de «La Terre est une poubelle en feu»

Au moment d’écrire les dernières lignes de ce bouquin, un tsunami intitulé coronavirus s’apprêtait à ravager l’espèce humaine. Dans quelle mesure et après quels saccages l’humanité aura relevé cet incommensurable défi, cela reste à voir. Avouons tout de même qu’il s’agit d’un sacré bon réchauffement avant de combattre l’autre réchauffement, climatique celui-là.

La Terre est une poubelle en feu

★★★ 1/2

Frédéric Bérard, Somme toute, Montréal, 2020, 200 pages