Le poète Claude Beausoleil s’éteint

Claude Beausoleil a été finaliste aux Prix littéraires du gouverneur général en 1999, a gagné le Grand prix de poésie de l’Académie française en 2013 et a été premier Poète de la Cité de Montréal, en 2011 et 2012.
Photo: Archives Tayout-Nicolas Claude Beausoleil a été finaliste aux Prix littéraires du gouverneur général en 1999, a gagné le Grand prix de poésie de l’Académie française en 2013 et a été premier Poète de la Cité de Montréal, en 2011 et 2012.

L’homme de lettres Claude Beausoleil a rendu son dernier souffle vendredi soir, à l’âge de 71 ans. Tout au long de sa vie créatrice, il aura été ambassadeur de la poésie québécoise et artisan d’une œuvre abondante et empreinte de liberté.

En plus de publier des dizaines d’ouvrages de poésie, Claude Beausoleil est l’auteur d’anthologies des poésies romande, acadienne, québécoise et mexicaine. Il a fondé la revue Lèvres urbaines en 1983, et a été chroniqueur de poésie au Devoir et à La Presse. Au fil de sa carrière, il a contribué à des revues littéraires d’ici et d’ailleurs, a participé à des colloques et à des festivals de par le monde, en tâchant toujours de bâtir des ponts.

« Il ne s’agit plus d’expliquer notre poésie en déplorant qu’elle ne soit pas assez connue, mais de la mettre en relation avec celles des autres, en rapprochant par exemple Miron et Neruda », disait Claude Beausoleil en 2004, alors qu’il rejoignait la prestigieuse Académie Mallarmé, en France, à laquelle Gaston Miron avait également appartenu.

Les amateurs de Beausoleil louangent le souffle de sa plume. « Pour moi, Claude, c’était de la musique », confie au Devoir son ami le poète montréalais Antonio D’Alfonso. Il avait l’esprit vif et était toujours à la recherche de lui-même, ajoute-t-il. « Il y a une tendance chez les poètes à être toujours down. Claude n’était pas comme ça. Il n’avait pas une plume noire. »

Je suis un voyageur que le langage invente

Beausoleil a été finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général en 1999, a gagné le Grand Prix de poésie de l’Académie française en 2013 et a été le premier Poète de la Cité de Montréal, en 2011 et 2012. Il a également enseigné le français au cégep Édouard-Montpetit, à Longueuil. L’artiste laisse derrière lui sa compagne de longue date, Yolande Villemaire, poète et romancière.

« La phrase que Claude a toujours souhaité qu’on retienne de son œuvre est : “je suis un voyageur que le langage invente” », témoigne au téléphone Mme Villemaire. C’est un cancer fulgurant qui a terrassé son conjoint ces derniers mois. « C’était un grand poète, un grand cœur, que tout le monde aimait, jusqu’à notre marchand de fruits, qui avait les larmes aux yeux quand je lui ai annoncé la nouvelle de son décès. Il a mis ses mains sur son cœur et a dit : “il était tellement bon”. »

Une œuvre immense

Né à Montréal, Claude Beausoleil étudie à l’Université du Québec à Montréal et consacre un mémoire à Hubert Aquin. Il obtient ensuite un doctorat sur le motif de l’identité dans la poésie québécoise à l’Université de Sherbrooke.

Parmi ses œuvres marquantes figurent Au milieu du corps l’attraction s’insinue (1980), Une certaine fin de siècle (1983), Grand hôtel des étrangers (1988, 1997, 2009), Fureur de Mexico (1992). Se passionnant pour certaines grandes figures littéraires, il a aussi consacré des textes à Oscar Wilde, à Jack Kerouac et à Billie Holiday. Mme Villemaire affectionne particulièrement un poème intitulé Jack et Billie dans le blues de la nuit. « C’est extrêmement rythmé. Quand il le faisait en spectacle, c’était magique », dit-elle.

Claude Beausoleil était « super productif, au-delà du commun des mortels », rappelle Antonio D’Alfonso. « Il n’y a pas une école de pensée [à laquelle] il n’ait pas touché », dit-il. Après un passage par la déconstruction, le poète a enchaîné avec de gros volumes écrits au rythme de sa pensée. « D’un coup, il est devenu très lyrique, il sortait des gros livres qui ne finissaient jamais, explique M. D’Alfonso. Il écrivait d’un coup, pris par une voix. »

« C’était quelqu’un de très généreux, de très drôle, de très humain », raconte le poète David Goudreault, pour qui Beausoleil était un ami et un mentor. « Il pouvait parler de poésie avec des néophytes. Il ne voulait pas convaincre les gens de lire de la poésie, mais seulement semer le doute dans leur esprit. »

Avant son décès, Claude Beausoleil a confié les rênes de Lèvres urbaines à David Goudreault, qui n’a pas hésité à accepter le mandat. Ce dernier n’a qu’un conseil pour rendre hommage à son ami : « Allez le lire. »

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