Les femmes du milieu littéraire exigent des mesures de protection

Ce qu’on remarque, c’est que les limites entre vie privée et vie professionnelle dans le monde littéraire sont floues.
Photo: Getty Images / iStockphoto Ce qu’on remarque, c’est que les limites entre vie privée et vie professionnelle dans le monde littéraire sont floues.

Banalisation de la violence, défense du désir irrépressible, mystique du poète maudit à qui tout « est pardonné d’avance en raison de son pseudo-génie ou de sa notoriété », âgisme, culture du silence, ce sont des aspects de la ville littéraire québécoise qu’une centaine de femmes dénoncent dans une lettre ouverte diffusée mercredi.

Cette lettre est issue d’échanges survenus dans un groupe privé de discussions sur la violence, le harcèlement ou l’intimidation dans le milieu littéraire, fondé ce printemps dans le cadre de la nouvelle vague de dénonciations des comportements inappropriés.

Ces femmes s’adressent à « la communauté littéraire », et témoignent d’un environnement de travail où les « violences à caractère sexuel sont répandues, protéiformes, banalisées et tacitement acceptées ».

D’entrée de jeu, les femmes nomment entre autres un environnement où « la performance passe trop souvent par le désir de plaire et les dynamiques qui en découlent, parfois fondées sur l’insidieuse association entre valeurs littéraire et sexuelle ».

Ceci étant dit, leur missive vise les divers intervenants du milieu littéraire pour qu’ils réalisent des changements dans leur façon de fonctionner. Elles demandent par exemple aux éditeurs et aux éditrices « de réfléchir à la cohabitation de victimes et d’agresseurs au sein de leur catalogue, de leurs lancements et de leurs événements littéraires », ainsi qu’un « processus d’embauche vigilant et lucide ».

Lors des événements littéraires, « du plus officiel des galas au plus officieux des partys », elles demandent que les organisateurs s’assurent d’« un minimum de deux femmes et minorités de genre compétentes et bienveillantes qui restent sobres tout le long de l’événement ». On demande également aux critiques littéraires de réfléchir à « la fétichisation de la “jeune autrice”, de “l’autrice endommagée/traumatisée”, ou de “l’autrice trash” ».

Limites floues

En entrevue, l’une des signataires, l’autrice Maude Veilleux, rapporte qu’il y a bien eu une liste, fort longue semble-t-il, de noms de délinquants actifs dans le monde littéraire qui a circulé, mais que cette liste a été détruite depuis et ne sera pas rendue publique. « On a eu trop peur, elle contenait des centaines de noms », dit-elle.

« On ne veut pas antagoniser les individus », précise-t-elle.

Ce qu’on souhaite surtout maintenant, c’est d’emmener tout un chacun à faire un examen de conscience de ses pratiques. « On ne veut pas les traiter de monstres, on en a très envie parfois, mais on pense que [notre approche] est une manière saine de faire en sorte que les hommes changent et que les pratiques changent », dit-elle.

Ce qu’on remarque, c’est que les limites entre vie privée et vie professionnelle dans le monde littéraire sont floues. Certaines femmes se plaignent de recevoir des messages ou des appels téléphoniques en pleine nuit pour la révision d’un texte par exemple. « La nuit n’est jamais propice aux propositions de nature professionnelle », écrivent-elles.

On pense que [notre approche] est une manière saine de faire en sorte que les hommes changent et que les pratiques changent

 

« Le travail est tellement près de notre vie qu’il n’y a plus de délimitation », dit Martine Delvaux.

L’écrivaine Martine Delvaux, également signataire de la lettre, parle elle aussi d’un contexte propice aux ambiguïtés ou aux abus. « Il ne faut pas oublier que les écrivains sont des gens qui sont pigistes à leur propre compte. On ne parle pas d’un milieu de travail qui se déroule dans un lieu fixe. Cela se passe un peu partout et un peu tout le temps. Les zones sont floues », dit-elle.

De plus, le métier d’écrivain est difficile, le nombre de livres vendus est souvent restreint, et les auteurs ne touchent généralement que 10 % du prix de leur vente, un contexte où il devient difficile de dire non à toute occasion professionnelle. « On ne veut rien perdre », dit Martine Delvaux. « On parle d’une chaîne du livre où tout le monde fait de l’argent », dit Maude Veilleux, qui réclame minimalement, en tant qu’autrice de ces livres, un « milieu de travail sécuritaire ».

À voir en vidéo

9 commentaires
  • Marcel Vachon - Abonné 16 juillet 2020 08 h 54

    Décidément....

    Le balancier semble se diriger vers une multiplication des dénonciations d'ordre agression sexuelle et autres. Après le milieu culturel et maintenant le milieu litéraire, va-t-on voir apparaître le milieu des ingénieurs, infirmières, coiffeuses, policières, etc. etc. etc.?
    Quand le balancier va se diriger vers l'autre côté, comment va-t-on retrouver la santé sociale entre les hommes et les femmes? Je risque alors de me confinerr une seconde fois, dans un bunker pour une période de .........
    Bonne journée et bon confinement.

  • Claudette Bertrand - Abonnée 16 juillet 2020 09 h 30

    Délire

    Je viens de lire et relire ce texte collectif et je n'ai qu'un mot en tête, délire. Cette volonté de créer une "garderie littéraire" ou tout et chacun (toute et chacune) serait protégé du grand méchant loup (dans leur texte le mot agresseur n'est jamais féminisé), n'est que la prémisse d'un état totalitaire, oü la vertu est hissée au rôle de surveillante en chef et de bourreau. Les solutions proposées n'en sont pas, elles ne sont que l'exigences d'individus réclamant la protection des autres, au lieu d'accepter les incontournables écueuils de la vie sociale.

  • André Nickell - Inscrit 16 juillet 2020 10 h 28

    Très vague tout ça

    C'est très vague comme article. J'ai eu l'impression de lire une nouvelle fantaisiste.

  • Marc O. Rainville - Abonné 16 juillet 2020 10 h 34

    Couac

    On reçoit le texte collectif publié par Le Devoir comme on reçoit toutes les propositions semblables de la frange féministe intersectionnelle universitaire, avec stupeur, la même stupeur qui doit présider aux observations d’OVNI. Ce n’est décidémment pas une bonne période pour s’inscrire en Sciences humaines.

  • Paul Gagnon - Inscrit 16 juillet 2020 11 h 22

    « On parle d’une chaîne du livre où tout le monde fait de l’argent  » - dit Maude Veilleux

    Alors que la majorité de ces livres ne sont ni lus, ni achetés et terminent leur brève carrière au pilori. Tout cela grâce aux sbventions de l'État.