«Le coup d’État climatique»: la démocratie, salut de l’écologie

En marge des raisonnements habituels, la curieuse vision de Mark Alizart suscite étonnamment une féconde, mais prudente, réflexion.
Photo: Hannah Assouline En marge des raisonnements habituels, la curieuse vision de Mark Alizart suscite étonnamment une féconde, mais prudente, réflexion.

L’avance dans les sondages du candidat démocrate Joe Biden sur le républicain et climatosceptique Donald Trump annoncerait qu’après son élection en novembre un nouveau président américain, sensible à l’écologisme, pourrait « imposer le Green New Deal », écrit avec espoir le philosophe français Mark Alizart. Selon ce provocateur : « Il n’y a pas de crise climatique. Il y a une volonté pour que le climat soit en crise. »

La tournure d’esprit d’Alizart, né à Londres en 1975, est très singulière. Dans son essai Le coup d’État climatique, le philosophe déplore que l’« écologie politique » se fourvoie : « Elle croit que le dérèglement climatique n’est qu’une conséquence du capitalisme alors qu’il est précisément le moyen qu’il a trouvé de se perpétuer, si bien qu’elle s’épuise à vouloir changer un système qui s’est déjà organisé pour résister au changement. »

Alizart rappelle que la militante Greta Thunberg, avec qui il sympathise, a effleuré, en 2019, la terrible hypothèse que la passivité des dirigeants de la planète, devant le désastre climatique mondial appréhendé, était voulue. Mais, précise-t-il, l’adolescente « ne pouvait pas croire » que ces dirigeants « puissent être aussi mauvais ». Or le philosophe, quant à lui, ose le penser.

Convaincu que le culte aveugle du profit illimité pousse irrésistiblement le capitalisme à flirter avec sa propre mort, il envisage le pire des scénarios. Comme les États-Unis, la Chine, la Russie et le Brésil, entre autres, visent l’enrichissement rapide en courant à leur perte par la pollution, il déclare : « Le capitalisme s’organise pour que ce soient l’écologie et la gauche qui meurent avant lui ! »

À cette fin, le capitalisme planifie, au dire d’Alizart, le « coup d’État climatique » pour « que personne ne se mette en travers du chemin de la crise écologique », crise que le système économique entend contrôler subrepticement à son seul avantage. Mais le philosophe souhaite de tout cœur « que la société civile s’organise » pour contrecarrer ce projet fou et suicidaire.

En marge des raisonnements habituels, la curieuse vision d’Alizart suscite étonnamment une féconde, mais prudente, réflexion. Influencé par Marx, qui donna une explication scientifique de l’évolution sociale, par Rosa Luxemburg, qui vit dans la catastrophe « le mode d’existence normal du capital dans sa phase finale », et par Trotski, pour qui le fascisme marqua la fin monstrueuse d’un capitalisme épuisé, l’essayiste déplore cependant, chez eux, un échec théorique.

Plus actuel et plus réaliste, Alizart rêve d’une union de petits salariés éclairés et de la classe moyenne contre l’alliance populiste de défavorisés réactionnaires et de capitalistes qui prépare la fin du monde dans l’insouciance mystique que donne l’idée de grandeur. Dans le rêve du philosophe, la démocratie porte un seul nom : écologie.

Extrait du «Coup d’État climatique»

Quand un tiers de l’humanité aura péri de la faim, de la soif, de la chaleur, de la noyade ou des balles, la pression sur les écosystèmes aura si substantiellement baissé que certains pensent sans doute que le business pourra reprendre as usual.

Le coup d’État climatique

★★★ 1/2

Mark Alizart, PUF, Paris, 2020, 96 pages