«La vie est un roman»: la fiction au plus près

C’est un roman en forme de poupées gigognes que Guillaume Musso livre ici, où le romancier s’amuse à jouer à la cachette avec le lecteur.
Emanuele Scorcelletti C’est un roman en forme de poupées gigognes que Guillaume Musso livre ici, où le romancier s’amuse à jouer à la cachette avec le lecteur.

Il faut être un romancier habile pour faire entrer le lecteur au cœur même du processus d’écriture de fiction. Avec dans son sillage quelque 18 romans, tous plus populaires les uns que les autres, l’écrivain français Guillaume Musso, auteur chouchou de l’Hexagone, ouvre grandes les fenêtres du processus de création avec La vie est un roman, son dernier titre paru chez Calmann-Lévy.

Ainsi l’histoire débute-t-elle dans la vie de Flora Conway, romancière cultivant la discrétion à la manière d’une Elena Ferrante ou d’un Réjean Ducharme. Dès les premières lignes, l’ambiguïté entre réalité et fiction est posée, alors que Musso a recours à une dépêche de l’AFP pour nous annoncer que la Flora Conway en question vient de remporter le prix Franz Kafka.

Sur la liste des lauréats du prix Franz Kafka, le nom de Flora Conway rejoint d’ailleurs celui des authentiques écrivains que sont Philip Roth, Peter Handke ou Haruki Murakami.

Femme de papier, Flora Conway est aussi la mère d’une petite fille prénommée Carrie (tiens, comme l’héroïne du roman de Stephen King), qui disparaît mystérieusement.

Musso, lui-même un avide lecteur de fiction, ne manque pas de parsemer son roman de clins d’œil littéraires, ici à Stephen King, mais aussi à Romain Gary, à Flaubert ou à António Lobo Antunes.

Mais voilà qu’un autre romancier entre en scène, de l’autre côté de l’écran, celui-là même qui écrit l’histoire de Flora Conway et qui a donc le pouvoir de faire réapparaître ou non la petite Carrie. Une autre histoire (est-ce la vraie, celle-là ?) se déploie en arrière-plan, confrontant le lecteur à sa volonté d’y croire, une fois de plus, ce qu’il ne manque pas de faire, spectateur docile des tours de prestidigitation de l’écrivain magicien.

Ce romancier, Romain Ozorski, est aux prises avec ses propres problèmes, sa propre peur de perdre son enfant. Comme Musso, Ozorski est un écrivain à succès. Comme lui, il a 45 ans.

« Depuis plus de vingt ans, écrit-il, tous les matins j’allume mon ordinateur, je lance mon traitement de texte et je quitte la médiocrité du monde pour m’évader dans des vies parallèles. Écrire n’a jamais été pour moi un loisir. C’est un engagement total. »

C’est donc un roman en forme de poupées gigognes que le romancier livre ici, où Musso s’amuse à jouer à la cachette avec le lecteur. Car il a beau faire dire à son romancier de papier qu’écrire pour lui n’est par un loisir, Musso adore manifestement jouer avec la fiction. Et il y réussit à merveille, il faut le dire, pour peu qu’on décide de se laisser conduire. Ici, le jeu, brillamment mené, séduit d’ailleurs davantage que l’intrigue elle-même, qui aurait pu être davantage creusée. Mais les lecteurs ne manqueront pas d’être éblouis par l’adresse de Musso dans La vie est un roman, particulièrement en cet été pandémique où le divertissement se fait rare.

La vie est un roman

★★★★

Guillaume Musso, Calmann-Lévy, Paris, 2020, 303 pages