«Une planète en mal d’œstrogène»: la convergence contre le mal

L’essayiste juge que l’industrie pornographique «dépeint la torture des femmes» et qu’elle «est devenue ce qu’Andrea Dworkin nomme le “culte du sadisme”» envers elles.
Photo: M Éditeur L’essayiste juge que l’industrie pornographique «dépeint la torture des femmes» et qu’elle «est devenue ce qu’Andrea Dworkin nomme le “culte du sadisme”» envers elles.

Interviewé le 11 mai dernier par le quotidien britannique The Guardian, l’intellectuel américain Noam Chomsky accuse Trump d’être « responsable de la mort de milliers d’Américains en se servant de la pandémie du coronavirus pour préparer sa réélection ». La féministe Thérèse Lamartine loue toutefois l’optimisme inébranlable mais discret de Chomsky, en blâmant, elle aussi, « l’improbable trublion orange prénommé Donald ».

Née à Québec et demeurant aujourd’hui à Longueuil, l’essayiste et romancière émet les deux jugements dans Une planète en mal d’œstrogène, c’est-à-dire d’hormones femelles, son ouvrage où elle souligne l’importance du génie féminin, toujours sous-estimé. France Théoret, poète et romancière, signe une préface enthousiaste de ce réexamen du féminisme et en retient la phrase : « En troquant la liberté pour l’égalité, le mouvement a perdu une partie de son âme. »

Thérèse Lamartine explique : « L’inégalité n’est qu’un symptôme. Il est urgent de s’attaquer aux causes véritables et de réclamer, bien au-delà de l’égalité, la liberté. » Pour cela, elle ne voit qu’une solution : « Le féminisme radical, celui qui va à la racine du mal et se propose de l’extirper, est la seule voie possible vers cette liberté. » Elle ose, sans pourtant se montrer intempestive, s’inspirer de la théoricienne américaine de cette tendance : Andrea Dworkin (1946-2005).

La condamnation de la pornographie par la militante, souvent controversée, retient surtout l’attention de Thérèse Lamartine. Ce rejet définit le mieux l’obstacle subliminal que certains hommes misogynes opposent à la soif de liberté ressentie par les femmes.

L’essayiste québécoise juge, en effet, que l’industrie pornographique « dépeint la torture des femmes » et qu’elle « est devenue ce qu’Andrea Dworkin nomme le “culte du sadisme” » envers elles. Sa position se rapproche de celle d’un homme, d’ordinaire peu loquace sur le sujet, Chomsky, qui déclare : « La pornographie humilie, dégrade les femmes comme de vulgaires objets sexuels. Il n’y a rien d’autre à dire. »

Solidaire d’hommes comme lui, Thérèse Lamartine affirme « tabler sur les convergences entre masculin et féminin plutôt que sur les divergences ». Pour elle, il s’agit là lucidement de ne « penser le monde jamais plus sans les femmes ». Au transsexualisme, elle préfère l’union des genres : « Tant qu’à bouleverser l’ordre sexuel du monde, une révolte contre l’assignation non pas à un sexe précis, mais contre l’assignation à une culture découlant de ce sexe serait plus utile à l’humanité. »

Cette union fondée sur la liberté tranche sur l’actuel stratagème de Trump qui, pour Chomsky, délègue à des inférieurs, comme les gouverneurs des États de son pays, la tâche odieuse de combattre la COVID-19 dans le fol espoir de sortir seul victorieux de la crise sanitaire aux yeux d’un électorat berné.

Extrait d’«Une planète en mal d’oestrogène»

Andrea Dworkin, celle dont l’authenticité et la quête de vérité n’ont d’égales que son courage et son audace, fouette nos peurs dont nous sommes quelquefois les orfèvres. « Le féminisme exige précisément ce que la misogynie détruit chez les femmes : une bravoure sans faille pour affronter le pouvoir masculin. » C’est en partie grâce à cette phrase, électrochoc et bougie d’allumage, qu’existe le présent ouvrage.

Une planète en mal d’oestrogène. Femmes et hommes du 21e siècle

★★★

Thérèse Lamartine, M Éditeur, Saint-Joseph-du-Lac, 2020, 288 pages