«Petites annonces»: homme cherche homme

Nicholas Giguère manie les extrêmes pour dénoncer le conformisme auquel est tenue l’homosexualité pour être «tolérée».
Photo: Hamac Nicholas Giguère manie les extrêmes pour dénoncer le conformisme auquel est tenue l’homosexualité pour être «tolérée».

« J’aime des rencontres respectueuses / sans lendemain / automatique /salut les mecs / bottom cherche tops /c’est assez simple »

Avec son troisième roman, Petites annonces, Nicholas Giguère s’inspire librement du haïku japonais pour dévoiler l’intimité d’individus anonymes et de corps inassouvis.

 

Par une succession de petites annonces d’hommes à la recherche d’hommes — telles qu’on peut les lire dans la panoplie d’applications de rencontres de type Grindr et Gay411, erreurs d’orthographe comprises —, l’écrivain offre une plongée dans un pan méconnu, souvent ridiculisé, de la culture gaie.

Encore une fois, Nicholas Giguère manie les extrêmes pour dénoncer le conformisme auquel est tenue l’homosexualité pour être « tolérée », acceptée et cautionnée dans une société qui se félicite d’une ouverture — aussi normative soit-elle — qui puise, au fond, sa légitimité dans les racines de la différence.

D’aucuns seront choqués de cette succession de fantasmes, de désirs, de rituels aux allures pornographiques. Il est vrai que l’expérience, pour les non-initiés, revêt une certaine lourdeur. Plus d’un sera tenté de se désengager bien avant la trentième page. Dans cette multiplication de rencontres furtives et directes, dans ce refus de l’attachement se cache une perte de sens qui frôle la provocation, une forme de dépossession des codes régissant les relations hétéronormatives.

Or, c’est dans la répétition que l’obscénité et l’anonymat révèlent leur poésie rythmée et méthodique, leur charge émotive et, en quelque sorte, sociale.

Par ces orifices béants, ces corps ruisselants et multiformes et ces désirs politiquement incorrects, Nicholas Giguère met en lumière les enjeux cruciaux de l’amour par catalogue : la discrimination tous azimuts, le manque d’empathie, la peur et les mensonges qui dissimulent une solitude extrême et une haine de soi.

Une expérience littéraire moins aboutie que par le passé, mais toujours aussi pertinente.

 

Extrait de «Petites annonces»

Jeune homme dans la trentaine bien dans sa peau / petite bedaine mais en forme et musclé / j’aimerais essayer avec un homme respectueux / pas obèse mature qui peut recevoir / ou louer une chambre de motel

Je suis bottom j’ai pas de six packs / pas une queue XXL / et je suis genre poilu POILU /

Je cherche quelqu’un qui peut recevoir / de jour pendant mon heure de dîner / pour masturbation seulement / Longueuil Boucherville Varennes / discrétion totale svp 

Petites annonces

★★★

Nicholas Giguère, Hamac, Montréal, 2020, 192 pages