«Le bleu des garçons»: tomber amoureux

Auteur, photographe, artiste numérique et performeur, Éric LeBlanc publie son premier livre.
Photo: Atwood Photographie Auteur, photographe, artiste numérique et performeur, Éric LeBlanc publie son premier livre.

Auteur, photographe, artiste numérique et performeur, Éric LeBlanc publie cet hiver son premier livre. Réunissant 14 « fictions » qui tiennent tour à tour de la nouvelle, du poème ou du théâtre, Le bleu des garçons paraît aux éditions Hamac sous une accrocheuse couverture rosée, détail de l’un des clichés puissamment homoérotiques de l’Espagnol Gonza Gallego.

L’écriture de LeBlanc est indéniablement photographique, en ce sens qu’elle est aussi mystérieuse qu’évocatrice, truffée d’énigmes et pourtant parsemée d’indices, à la fois dense et ajourée. En quelques pages seulement, idéalement sans cligner des yeux, lecteurs et lectrices devront capturer l’instant, c’est-à-dire le lieu et l’éclairage, les protagonistes et les enjeux, les tenants et les aboutissants d’une situation que l’auteur aura soigneusement comprimée.

Il s’agit généralement d’une brève nouvelle, ou alors d’un poème en prose aux vers cordés ou épars, ou encore d’un dialogue où Moi réplique à des figures archétypales comme Les vieux, Policier ou Le père.

À ce moment-là, ce sont les didascalies qui deviennent cruciales, paragraphes en italique où le cadrage se précise, où la lumière se dépose, où la composition est détaillée, en somme où une mise au point s’amorce.

Qu’on soit dans la Vieille Capitale ou en Gaspésie, en Espagne ou en Allemagne, dans une voiture ou dans un train, dans une école secondaire ou dans un appartement à vendre, partout des hommes s’aiment et se désirent, puis se détestent et se déchirent, finissent par fuir ou peut-être même par s’enlever la vie. En guise de fil rouge, traversant tous les instantanés, figurent des allusions à Saint-Denys Garneau, Marguerite Duras, Jacques Poulin, Nelly Arcan, Jack Kerouac, Yolande Villemaire…

« Les images glissent et je ne sais plus comment les retenir. Ça ne m’étonne pas, j’en ris presque, tout est calme. Rapidement, il ne restera qu’un doute facile à repousser. » On tourne les pages du livre comme celles d’un album photo où chaque cliché aurait été soigneusement sélectionné, une collection d’impressions fortes, des moments aussi ardents que fugaces.

« Je m’efface comme avant je m’effaçais pour que vos doigts se rejoignent dans les eaux froides de mon ventre. À l’aube, le soleil ne se lève pas, la tempête annule la ville. Vous vous réchauffez contre moi, jusqu’à m’oublier comme chaque fois. »

Quand ils ne sont pas réduits à la solitude, ou bien avalés par des chimères, les narrateurs des fictions d’Éric LeBlanc sont engagés dans d’insoutenables triangles amoureux, épris du mauvais garçon au mauvais moment, ou alors incapables de commencer par s’estimer eux-mêmes. « J’travaille à m’ennuyer comme toutes les choses vivantes qui sont trop paresseuses pour starter la révolution ou pour s’empêcher d’tomber en amour. »

Ici, l’amour semble impossible, inconcevable ou indicible. C’est un sentiment non réciproque, trahi ou bien franchement étiolé. « Au lit, on ne demande plus l’amour, on demande pardon et on comprend. »

 

Le bleu des garçons

★★★ 1/2

Éric LeBlanc, Hamac, Montréal, 2020, 160 pages