«Thérapie de groupe»: c’est tout seul qu’on est l’plus nombreux

Une planche tirée de «L’étoile qui danse»
Photo: Dargaud Une planche tirée de «L’étoile qui danse»

Ce qu’il y a de merveilleux avec la lecture, c’est qu’il s’agit d’un bonheur qui est en phase avec toutes les consignes de confinement possibles et imaginables pouvant nous être imposées en temps de crise.

Alors, faisons contre mauvaise fortune bon cœur et lisons. Parce qu’accompagner un auteur de bédé en pleine crise d’ego créatif, ça ne remet peut-être pas les choses en perspective, mais c’est divertissant en chien !

Yvon Deschamps le disait, c’est tout seul qu’on est l’plus nombreux. C’est un peu la trame de fond de cette nouvelle bédé du Français Manu Larcenet, ex-collaborateur, entre autres, au magazine Fluide glacial entre 1994 et 2006.

Un ciel créatif assez sombre

Dans cette autofiction totalement caricaturale, Larcenet se donne ici les traits de Jean-Eudes de Gageot-Goujon, dessinateur connu mondialement, aux prises avec une panne créative et qui tente, par tous les moyens possibles, de retrouver la flamme. Et, comme vous pouvez le deviner, il y a beaucoup de monde dans sa tête !

Alors, la fameuse étoile qui danse, du titre de ce premier tome, elle vient d’Ainsi parlait Zarathoustra du philosophe Friedrich Nietzsche, qui écrivait qu’il faut avoir du chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse.

C’est ce chaos, ou la tentative de le trouver, qui sous-tend cette Thérapie de groupe alors que l’on assiste aux nombreuses tentatives de Gageot-Goujon pour trouver cette fameuse étincelle qui allumera un ciel créatif, ma foi, assez sombre.

Cela donne, au final, un joyeux bordel narratif alors que Marcenet passe d’un début d’histoire à un autre, avec tous les changements de style que cela comporte, pour notre plus grande joie. Le point culminant de cette bédé ?

Il faut voir ce pauvre auteur qui ne fait que tourner en rond, pendant que sa femme se tape une charge de travail, et mentale, hors de toutes proportions, aller chez le psychologue pour se faire dire qu’il est, au final, très, très fatigué.

Style bonhomme à gros nez

Le dessin, quant à lui, est judicieux et drôle, dans le style bonhomme à gros nez.

Larcenet ne fait pas dans le réalisme, ici, mais nous permet de renouer, avec beaucoup de plaisir (on pense beaucoup à Fred et à son Philémon, par exemple), avec un genre un peu en perte de vitesse depuis l’arrivée en masse du roman graphique.

Pas qu’on soit las du genre, au contraire, mais on croit qu’il y a de la place pour tous les styles, surtout quand c’est aussi bien fait.

Et, évidemment, il y a cette touche sombre que l’on retrouve chez tous ceux et celles qui sont passés par l’incontournable Fluide glacial.

Bref, un très beau jeu entre la forme et le fond et, surtout, le plaisir de retrouver une façon de faire de la bédé axée principalement sur le plaisir ludique du lecteur et de l’auteur.

Et si le fameux thème de la mort de l’inspiration a permis à plusieurs de se sortir d’une panne d’idées (quoi de mieux que d’écrire sur ce que l’on vit, n’est-ce pas ?), il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un thème universel : la peur de perdre ce qui fait de nous qui nous sommes. Ce n’est pas mal de le revisiter une fois de temps en temps…

 

Tome 1 : L’étoile qui danse

★★★ 1/2

Manu Larcenet, Dargaud, Paris, 2020, 56 pages