«Lutter contre les zombies»: Paul Krugman, progressiste prudent

Le chroniqueur Paul Krugman, Prix Nobel d’économie 2008, soutient que Bernie Sanders n’est en rien «le Trump de la gauche» parce qu’il est «un être humain infiniment meilleur» que l’actuel président autoritaire des États-Unis.
Photo: Neilson Barnard Getty Images / AFP Le chroniqueur Paul Krugman, Prix Nobel d’économie 2008, soutient que Bernie Sanders n’est en rien «le Trump de la gauche» parce qu’il est «un être humain infiniment meilleur» que l’actuel président autoritaire des États-Unis.

Le 23 février dernier, dans le New York Times, où il est chroniqueur, Paul Krugman, Prix Nobel d’économie 2008, soutient que Bernie Sanders, qui connaît du succès aux primaires démocrates, n’est en rien « le Trump de la gauche » parce qu’il est « un être humain infiniment meilleur » que l’actuel président autoritaire des États-Unis. Mais il lui aurait sans doute préféré la démocrate Elizabeth Warren, moins radicale.

Cette préférence ressort de son essai Lutter contre les zombies, où l’économiste américain de la gauche vigoureuse mais prudente s’en prend à des êtres aussi insolites que des fantômes : Trump et les républicains, formation qui appuie le président aveuglément. Trump, explique-t-il, « n’est pas une aberration », mais « l’apogée de ce vers quoi tend son parti depuis des années ».

Il estime même que « les républicains sont de plus en plus un parti d’extrême droite » !

Disciple en économie de Keynes, qui préconisait l’intervention gouvernementale pour stimuler la demande, et hostile aux thèses de Friedman, qui misait sur les variables monétaires plutôt que sur l’investissement public, Krugman reproche aux républicains d’être obnubilés par ces thèses, qu’il juge artificielles, et surtout par leur dégénérescence. Il écrit : « Le Parti républicain ne veut pas entendre parler d’économistes sérieux, quelle que soit leur politique. Il préfère les charlatans et les hurluberlus. »

Dans son livre, Krugman appelle « l’ultime idée-zombie » ce qui exprime le mieux la tromperie de Trump et des républicains. Il s’agit de l’idée de « baisser les impôts ».

L’économiste se réjouit de voir que des progressistes, comme Elizabeth Warren, candidate à l’investiture démocrate à la présidence des États-Unis, proposent, à l’opposé, de taxer davantage les Américains très riches.

À propos des soi-disant rêveurs qui souhaitent un taux d’imposition de 70 % à 80 % sur les revenus les plus élevés, Krugman, très au fait de l’histoire fiscale américaine, signale, avec un humour noir délicieux : « C’est une politique qu’aucun pays n’a jamais osé mettre en œuvre… à part les États-Unis, pendant les 35 années après la Seconde Guerre mondiale, la période de croissance économique la plus forte de notre histoire. »

Voilà une affirmation vérifiable, qui ne surprendrait que les observateurs néophytes de la scène américaine sur la longue durée. Elle sous-entend que des présidents républicains, comme Eisenhower et Nixon, étaient beaucoup plus progressistes que les républicains actuels !

Mais l’économiste rappelle aussi que « tous les pays riches, à l’exception des États-Unis, » ont choisi « l’accès universel aux soins de santé ». Même si le progressiste chez lui approuve ce choix international, Krugman aura douté en février dernier du réalisme de Bernie Sanders qui rêve de substituer une assurance maladie étatisée aux assurances privées.

 

Extrait de «Lutter contre les zombies»

Ce que les Américains « socialistes » veulent en réalité, c’est ce que le reste du monde appelle la « social-démocratie » : une économie de marché, dans laquelle les difficultés extrêmes sont limitées par un solide filet de protection sociale, et les inégalités extrêmes sont limitées par une fiscalité progressive. Ces électeurs veulent que notre pays ressemble au Danemark ou à la Norvège, pas au Venezuela.

Ces idées qui détruisent l’Amérique

★★★★

Paul Krugman, Flammarion, Paris, 2020, 386 pages