«Étranger dans mon pays»: tribulations d’un Chinois en Chine

Zhiyuan Xu
Photo: DR Zhiyuan Xu

« Un simple pays », écrivait Paul Theroux en 1988 dans La Chine à petite vapeur (Grasset, 2004). L’écrivain voyageur américain avait passé un an à sillonner en train et dans tous les sens cet immense pays.

Un périple qui a inspiré à Zhiyuan Xu, journaliste et essayiste né à Pékin en 1976. De Guangzhou à Harbin, entre Shanghai et le Xinjiang, celui qui dirige aujourd’hui une librairie à Pékin a voyagé à travers son pays durant tout l’été 2007 pour écrire Étranger dans mon pays.

Partout, Zhiyuan Xu pose un regard critique sur son pays, teinté d’une pointe de nostalgie pour la grandeur (culturelle) perdue de l’empire du Milieu. « Nous déplaçons, incendions, détruisons, reconstruisons sans répit : sans doute notre héritage est si abondant qu’il nous paraît superflu. » Avec un mélange de tristesse et d’ennui, de colère et d’étonnement, de lucidité et d’amour, il dit la Chine d’une manière dont aucun voyageur ou correspondant étranger ne pourrait en parler.

Au fil d’allers-retours entre ses rencontres — marchandes, retraités, étudiants, nouveaux riches — et ses plongées dans les livres d’histoire, en bus, en train et derrière les portes closes, Zhiyuan Xu fustige la cruauté de la vie, l’aplatissement culturel et l’« inconscience collective » qui lui semble frapper la Chine d’aujourd’hui. Un pays foudroyé par un matérialisme aveugle et galopant qui partout lui fait éprouver une persistante sensation d’étrangeté.

À ses yeux, les bouleversements gigantesques et anarchiques vécus par la Chine depuis trente ans ont eu lieu sans égard pour les individus. Au point, écrit-il, que la Chine lui fait penser à un arbre déraciné, alors que « l’apathie ou l’indifférence y sont devenues des stratégies de survie ».

De l’intérieur, avec intelligence et mémoire, celui dont l’artiste multidisciplinaire Ai Wei Wei a déjà dit qu’il était l’intellectuel chinois le plus important de sa génération, y trace un portrait inédit et inquiet de la Chine.

Extrait d’«Étranger dans mon pays»

La Chine a oublié ses origines. Sur la route, j’ai pu voir à quel point les révolutions, les guerres, les mouvements politiques et le développement économique avaient retourné sa terre de fond en comble, arasé les nuances locales, détruit les structures anciennes et les relations sociales… Il m’arrive de penser qu’à Taiwan, à Hong Kong, en Malaisie ou aux États-Unis, les gens correspondent mieux à l’image que je me fais des Chinois.

 

Étranger dans mon pays

★★★ 1/2

Zhiyuan Xu, traduit du chinois par Nicolas Ruiz-Lescot, Éditions Picquier, Paris, 2019, 320 pages