«Pokko et le tambour»: avancer au rythme du tambour

Illustration de Matthew Forsythe tirée de «Pokko et le tambour»
Photo: Comme des géants Illustration de Matthew Forsythe tirée de «Pokko et le tambour»

Après la fronde, le lama et le ballon, cadeaux qui se sont révélés plus ou moins adéquats, les parents de Pokko, jeune grenouille énergique, décident de lui offrir un tambour. Mais, à l’instar des précédents présents, l’instrument de musique ne plaît pas aux adultes, qui demandent à leur fille d’aller faire du bruit dehors. Il n’en faut pas plus à la rainette pour tracer son propre chemin.

Dans Pokko et le tambour, album à paraître ces jours-ci chez Comme des géants, non seulement l’illustrateur et bédéiste montréalais d’adoption Matthew Forsythe fait l’éloge de la débrouillardise et de la confiance en soi, mais il offre aux lecteurs une traversée ponctuée de rencontres, de surprises, de faits cocasses qui attirent l’œil et invitent à prendre la route de la forêt avec Pokko. Le silence et la solitude qui envahissent d’abord la petite dans sa marche sans but se brisent doucement, au rythme de ses pas et de son tambour, et transforment sa journée en véritable fête.

À sa musique s’ajoute celle du raton et son banjo, du lapin et sa trompette, du loup et… sa faim. Une faim qu’il devra d’ailleurs apprendre à contrôler s’il veut rester dans le groupe. Puis ce sont au bout du compte tous les animaux qui, d’un même élan, suivent le cortège et participent à cette fanfare qui s’entend depuis la cuisine du père de Pokko. L’écriture de Forsythe, traduite ici par Nadine Robert, à la fois concise et brodée de quelques perles poétiques, rappelle les échanges brefs et sans fla-fla qu’entretiennent les enfants entre eux.

Alternant entre les dialogues et une narration tout aussi dépouillée que chantante, l’histoire s’enrichit d’amitiés nouvelles et de fraternité à chacune des pages. Et puis, en parallèle à cette effervescence vécue par l’enfant, les parents, d’abord occupés à leurs besognes, se font entraîner malgré eux dans une ronde des plus enlevantes.

Toute simple et finement brodée, cette histoire est soutenue des illustrations touffues, chaudes et expressionnistes de Forsythe. Chaque tableau regorge de mille et un détails, grouille et grenouille de vie, déborde d’une atmosphère festive. Présentés dans des couleurs flamboyantes, oscillant entre des tons ocre, dorés et rougeâtres, les personnages, tout comme le feuillage, tranchent sur le fond sombre de la forêt. C’est ainsi que serpent, poisson, loup, tortue, ours, fleurs et même une oie revêtue d’un chaperon rouge se laissent deviner par l’œil averti.

Le graphisme, riche et évocateur de l’action présente dans le texte, joue aussi pour beaucoup dans la réussite de cet album. L’alternance entre les gros plans, qui insistent sur l’émotion, les face-à-face opposants certains personnages — notamment le loup repentant et la grenouille — et les doubles pages, lesquelles permettent de voir l’étendue du plaisir de la rainette ainsi que le chemin qu’elle s’invente à chaque pas, participent d’un crescendo de plaisir. On avance dans cette histoire comme autant de pas de plus vers la liberté. Fameux.

Extrait de « Pokko et le tambour »

– Nous n’aurions pas dû lui donner ce tambour, dit le père de Pokko.

 

– Comment ? dit la mère. Le tambour fait trop de bruit, je ne t’entends pas.

 

– Le tambour était une grave erreur, dit le père.

 

– Ça semble une merveilleuse idée, dit la mère, qui n’entendait toujours pas ce qu’il disait.

 

Le jour suivant, le père de Pokko lui demanda :

 

– Pokko, pourquoi ne vas-tu pas dehors un moment avec ton tambour ? Mais ne fais pas trop de bruit. Nous ne sommes qu’une modeste famille habitant un champignon et nous n’aimons pas du tout attirer l’attention.

 

Pokko accepta. Le plus silencieusement possible, elle se mit en route.

 

Il venait de pleuvoir et la forêt scintillait comme une émeraude.

 

C’était très silencieux.

 

Trop silencieux.

 

Pour se sentir moins seule, Pokko se mit à frapper son tambour.

 

Soudain, quelque chose s’agita derrière elle. 

Pokko et le tambour

★★★★

Matthew Forsythe, traduit de l’anglais par Nadine Robert, Comme des géants, Montréal, 2020, 64 pages