«La Terre inhabitable»: à deux degrés de la catastrophe

Éditorialiste au magazine «New York», David Wallace-Wells poursuit de manière très saisissante la haute vulgarisation de la crise climatique.
Photo: Beowulf Sheehan Éditorialiste au magazine «New York», David Wallace-Wells poursuit de manière très saisissante la haute vulgarisation de la crise climatique.

« La progression lente du changement climatique est une fable, y croire est presque aussi dangereux que de penser qu’il n’existe pas. » Le livre La Terre inhabitable, du journaliste new-yorkais David Wallace-Wells, qui renferme cette phrase-choc, a fait fureur aux États-Unis au début de 2019 pour être traduit en France et y paraître à la fin de l’année. Depuis janvier, il est en librairie au Québec et y exprime un contagieux cri d’alarme.

Éditorialiste au magazine New York, Wallace-Wells poursuit de manière très saisissante la haute vulgarisation de la crise climatique, effort commencé en 2014 par sa compatriote et consœur Elizabeth Kolbert dans l’ouvrage The Sixth Extinction. La lauréate du prix Pulitzer pour cet essai phare a d’ailleurs salué son travail qui, encore mieux que les textes scientifiques, ébranle les fausses certitudes du public.

Fort des prévisions du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (le GIEC) et de nombreuses autres références savantes dont regorge son livre, le journaliste rejette une foule de fables. Parmi celles-ci, on trouve : « la richesse sert de bouclier contre les ravages du réchauffement ; la combustion des énergies fossiles est le prix à payer pour la croissance économique qui, par la technologie qu’elle produit, nous fournira un moyen d’échapper au désastre environnemental ».

Wallace-Wells insiste sur la rapidité du réchauffement climatique. En l’espace de trois décennies, le gaz carbonique a pollué l’atmosphère par la combustion des énergies fossiles, souligne-t-il, plus que durant tous les millénaires précédents ! Il ajoute que si l’humanité continue sur cette voie, le réchauffement atteindra une hausse catastrophique de plus de 4 °C en 2100, le double du but fixé par l’Accord de Paris (2016), but que les puissances industrielles tardent même à respecter.

L’objectif de 2016 aurait beau être atteint, des vagues annuelles de chaleur continueront, prévient le journaliste, de causer des milliers de morts sur la Terre. Si, note-t-il, le réchauffement s’aggrave, la baisse du rendement céréalier risque d’accroître la famine ; la fonte des glaciers polaires, de favoriser l’inondation des littoraux ; la sécheresse, de provoquer d’immenses incendies et une pénurie d’eau potable ; le rejet du gaz carbonique, d'entraîner l’acidification des océans, en plus de rendre l’air irrespirable…

Par cette vision apocalyptique qu’il sait malgré tout incertaine, Wallace-Wells jette un regard neuf sur notre civilisation, ne serait-ce qu’en l’associant au génie féminin. En évoquant l’Américaine Eunice Newton Foote, pionnière méconnue de l’étude en 1856 de l’effet de serre, phénomène à la source du changement climatique, ne suggère-t-il pas, sans le vouloir, une constellation de prophétesses qui, avec Elizabeth Kolbert et Greta Thunberg, perce la nuit la plus noire ?  

Extrait de « La Terre inhabitable »

Le suicide du monde industriel aura duré le temps d’une vie — en quelques décennies, celles qui séparent un baptême ou une bar-mitsvah et un enterrement, la planète est passée d’une apparente stabilité à une catastrophe imminente.

La Terre inhabitable. Vivre avec 4°C de plus

★★★★

David Wallace-Wells, traduit de l’américain par Cécile Leclère, Robert Laffont, Paris, 2019, 396 pages