Une rentrée tous azimuts pour la littérature jeunesse

«L’horoscope», de François Blais et Valérie Boivin, nous plonge dans le monde troublant de l’anxiété.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «L’horoscope», de François Blais et Valérie Boivin, nous plonge dans le monde troublant de l’anxiété.

Depuis le lumineux Timothée de Fombelle jusqu’à la grande Christiane Duchesne en passant par le truculent duo Blais et Boivin et la solide Élizabeth Turgeon, les auteurs offrent des œuvres gorgées de tous les possibles empruntant au conte, à la poésie, à la science-fiction, au rêve et bien sûr au réel. Petit aperçu de ce qui nous attend ce printemps.

Du côté de l’album d’abord, les lecteurs seront choyés par l’offre qui se pare de ses plus beaux atours. Parmi l’abondance, soulignons le sublime Une musique pour Madame Lune (D’eux, avril) de Philip C. Stead et Erin E. Stead, dans lequel Harriet, une jeune violoncelliste solitaire, se lie d’amitié avec la lune tombée du ciel. « J’aime le bruit de l’eau qui goutte des rames. Et j’aime le son de la cloche de la bouée, là-bas. Il y a tant de musique ici. Tout est si silencieux là-haut dans le ciel », raconte la dame blanche. La douceur qui émane du texte n’a d’égale que la sensibilité du trait d’Erin E. Stead. Fameux.

Thibaut Rassat livre pour sa part Mauvaise herbe (La Pastèque, en février), un premier titre écrit par cet illustrateur et architecte. Alliant le métier et l’imaginaire, il met en scène Eugène, un architecte ordonné, qui voit ses plans contrecarrés lorsque le vent allonge un arbre sur son bâtiment en construction. Une histoire qui permet de prendre le pouls des aléas de la vie.

 

Timothée de Fombelle s’inspire quant à lui de la Poucette d’Andersen dans Le jour où je serai grande (Gallimard, février). Dans ce conte, ponctué des photographies de Marie Liesse, Poucette se répète qu’elle ne doit pas oublier « l’odeur des matins mouillés, le bruit des pétales qui tombent, le rêve de savoir voler ». Le réel se mêle ici au merveilleux dans une envolée onirique. Pour sa part, l’éditeur Comme des géants nous fera voyager notamment avec Pokko et le tambour (3 février),premier album de Matthew Forsythe à compte d’auteur jeunesse. Avec vivacité, il fait l’éloge de la persévérance dans une histoire vibrante de sincérité.

Les préadolescents et adolescents auront aussi l’embarras du choix. Camille Bouchard clôt sa série « Le siècle des malheurs » avec Cicatrices (Boréal, 24 mars), dans lequel il transporte ses lecteurs dans la Louisiane du début du XXe siècle. La courte échelle enrichit sa série noire avec deux nouveaux titres, Les mannequins maléfiques (26 février), de Pierrette Dubé, et Un bruit dans les murs (24 février), de Julie Champagne. Chez Soulières, retenons À cheval sur l’été (22 janvier), de Fabienne Gagnon, un petit recueil de poésie sur le thème de l’été et du déménagement. Comme un coup de soleil en plein hiver.

Québec Amérique frappe fort avec Aurore et le pays invisible (11 février), de Christiane Duchesne. L’autrice renoue avec sa prose poétique et féerique dans un récit mettant en scène Aurore, 11 ans, qui bascule dans un monde parallèle habité par des êtres minuscules. La rencontre de l’autre, et de soi-même, sert de fil rouge à cette aventure.

Dans Athéna (Hurtubise, 11 mars), Élizabeth Turgeon sonde l’univers de l’intelligence artificielle dans un récit profond alliant avancées technologiques et questions éthiques, le tout dans le décor bouillant de Bangkok.

Enfin, La Pastèque poursuit sa collection de documentaires avec Comment fonctionne un phare, qui parle de ces constructions fabuleuses, presque mythiques, qui ont pendant longtemps su guider les navires. Écrit et illustré par le Russe Roman Beliaev, le livre paraîtra en mars. À suivre…

 

Ils sont de retour…

Un vieil homme solitaire vit pleinement son quotidien à coups de jardinage et de menus travaux. Accompagné de son fidèle ami Lucien le chien, il coule des jours heureux rythmés, toujours, par les mêmes activités. Afin de ne pas bousculer cette paisible et silencieuse retraite, le vieillard ne lit jamais les journaux, « car ils nous apprennent ce qui se passe de nouveau dans le monde, et le vieux monsieur aurait souhaité que jamais rien de nouveau ne se passe dans le monde ». Mais comme dans la vie les chemins ne sont jamais droits, une page de journal contenant l’horoscope atterrit un beau matin sur son terrain. Plus curieux que sérieux dans son désir de connaître ce que les astres lui annoncent, il lit. Avec L’horoscope, à paraître le 3 mars aux 400 coups, le déjanté et pince-sans-rire duo François Blais et Valérie Boivin signe sontroisième opus. Après 752 lapins et Le livre où la poule meurt à la fin, les complices poursuivent dans l’absurde en conjuguant avec finesse humour scindant et sérieux désarmant. Tout aussi étonnant que décomplexé, imprévisible que truculent, L’horoscope nous plonge au final dans le monde troublant de l’anxiété.

L'horoscope

François Blais et Valérie Boivin, Les 400 coups, Montréal, 2020, 20 pages