«Profession romancier»: écrivain japonais au travail

Enchaînant conseils timides et souvenirs, l’écrivain japonais y distille un certain nombre d’évidences et de lapalissades.
Photo: Belfond Enchaînant conseils timides et souvenirs, l’écrivain japonais y distille un certain nombre d’évidences et de lapalissades.

Depuis près de 40 ans, Haruki Murakami écrit des romans et gagne sa vie comme romancier. Il est aujourd’hui, à 70 ans, l’un des écrivains japonais les plus lus dans le monde. Tout en étant en même temps peut-être le moins japonais des écrivains japonais — certains lui en ont longtemps fait le reproche.

Il se raconte et nous ouvre les portes de sa chambre d’écriture dans Profession romancier, un essai dans lequel il aborde de manière très personnelle sa relation à la littérature et à l’écriture, lui qui n’avait jamais eu le projet de devenir écrivain. « C’est un travail extrêmement coûteux en temps, ennuyeux au possible », avoue-t-il, qui lui donne parfois le sentiment d’être tout seul au fond d’un puits.

Avec le style dépouillé et transparent qui le caractérise, il raconte comment il a trouvé sa voix. Alors qu’il gérait un petit bar de jazz à Tokyo à la fin des années 1970, il avait écrit à temps perdu son premier roman directement en anglais sur une machine à écrire occidentale — son anglais sommaire d’amateur des Beatles — avant de tout « retraduire » lui-même par la suite en japonais.

C’est ainsi que des Chroniques de l’oiseau à ressort aux trois tomes de l’éléphantesque 1Q84, en passant par Kafka sur le rivage, l’écrivain de la solitude et de l’incommunicabilité a su tracer son chemin.

Enchaînant conseils timides et souvenirs, considérations intéressantes sur son rapport à la critique ou sa méthode de travail, l’écrivain japonais y distille un certain nombre d’évidences et de lapalissades.

Parfois, au contraire, il surprend : « À mon avis, écrire des romans n’est pas une entreprise vers laquelle se tournent les gens intelligents », raconte celui qui, bon an mal an, pond ses dix pages manuscrites par jour.

 

Extrait de «Profession écrivain»

Mais pourquoi un écrivain devrait-il obligatoirement être un artiste ? Qui l’a décrété ? Personne. Chaque romancier écrit de la façon qui lui convient. Et si l’un d’entre eux pense « Ça ne me dit rien d’être un artiste », c’est sa manière à lui de se sentir bien. Avant d’être des artistes, les romanciers doivent être des hommes libres. Et voici comment je définis un homme libre : c’est celui qui fait ce qu’il veut, et qui le fait quand et comme il le veut.

Profession romancier

★★★

Haruki Murakami, traduit du japonais par Hélène Morita, Belfond, Paris, 2019, 208 pages