«C’est une farce»: la vie, cette grosse «joke»

«C’est une farce» est un recueil de micro-nouvelles n’ayant pas beaucoup en commun.
Photo: Tête Première «C’est une farce» est un recueil de micro-nouvelles n’ayant pas beaucoup en commun.

La vie n’est-elle qu’une grosse blague, pour ne pas dire une grosse joke, dont nous serions les victimes ? C’est en tout cas ce que laisse entendre Stephen Thomas dans C’est une farce, un recueil de micro-nouvelles n’ayant pas beaucoup en commun, contrairement à ce que son titre suggère, avec ces compilations d'« histoires d’un gars » que faisait jadis paraître Gilles Latulippe.

Il aurait fallu pour ça que le regretté pape du burlesque ait des ambitions plus oulipiennes.

 

Alors, si C’est une farce ne contient pas de blagues, que contient-il ? Voici l’un des livres les plus étranges de l’automne dernier, dont les courts textes (parfois moins d’une page) conjuguent l’hyper-spécifique et l’hyper-flou, et au cœur desquels les phrases ne semblent pas toujours d’emblée entretenir de liens évidents entre elles.

Résultat : on sait à la fois précisément où l’on se trouve et pas du tout, on étouffe et on flotte, on rit jaune (un peu) et on sourcille (beaucoup).

Le principal procédé comique de l’écrivain torontois — si l’on peut parler de procédé comique — tient ainsi sans doute à cette façon de garnir ses premières phrases de promesses narratives dont il se détournera à la première occasion.

Mais ce jeu de cache-cache — où est donc passé le texte que je croyais lire ? — ne serait que parfaitement stérile si Thomas ne l’employait pas afin de mettre en lumière l’irrésolution des identités qui, aime-t-on croire, nous définissent, ainsi que la frontière plus mince qu’on ne l’imagine séparant nos certitudes de nos incertitudes.

Nos existences sont à ce point composées de fiction qu’il suffit peut-être de leur en emprunter un peu afin de calfeutrer les trous qui parsèment ces brèves tragicomédies pour homme ou femme vague.

Énigmatique exercice de narration poético-probabiliste, C’est une farce contient un texte en trois actes (« Le lapin en métal scintillant ») racontant l’histoire d’un animal prisonnier de ses émotions, qui entreprend de dresser la liste de ses forces et de ses faiblesses. Il ne s’agit pas — on vous le jure — du passage le plus insolite de ce livre.

 

C’est une farce

★★★

Stephen Thomas, traduit de l’anglais par Alexandre Soublière, Tête première, Montréal, 2019, 180 pages