«Chroniques du hasard»: Elena Ferrante se raconte

Livrées avec les magnifiques illustrations d’Andrea Ucini qui accompagnaient ces chroniques sur papier journal, Elena Ferrante y exprime son allergie aux inégalités.
Photo: Gallimard Livrées avec les magnifiques illustrations d’Andrea Ucini qui accompagnaient ces chroniques sur papier journal, Elena Ferrante y exprime son allergie aux inégalités.

« Pour moi, être italienne se résume au fait de parler et d’écrire la langue italienne », lance avec peut-être un brin de provocation, dans ses Chroniques du hasard, Elena Ferrante, qui ajoute qu’elle digère mal la pizza, ne parle pas fort et ne gesticule pas en parlant.

Dans 51 chroniques, parues toutes les semaines dans le quotidien britannique The Guardian en 2018, la romancière italienne dont l’identité n’a jamais été révélée, qui n’a jamais d’ailleurs accordé d’entrevue en face-à-face à un journaliste, auteure de la tétralogie à succès de L’amie prodigieuse (Gallimard, 2014 à 2018), aborde la vie, l’écriture, la réalité féminine.

 

À la demande expresse de l’écrivaine, les thèmes de ces « inventions occasionnelles » (selon le titre original) devaient lui être soumis par la rédaction. Ferrante y disserte sur l’usage du point d’exclamation, le mensonge, l’adaptation télévisuelle de ses romans, la pratique du journal intime, le plaisir coupable de la cigarette, en passant par les premières fois, l’insomnie ou la maternité.

Livrées avec les magnifiques illustrations d’Andrea Ucini qui accompagnaient ces chroniques sur papier journal, Elena Ferrante y exprime son allergie aux inégalités et son parti pris ouvertement féministe, elle qui n’arrive pas, raconte-t-elle, à dire du mal d’une autre femme, « même si celle-ci m’a outrageusement offensée ».

Ailleurs, l’écrivaine, qui « n’arrive pas à tracer une ligne de séparation entre histoires vraies et histoires fictionnelles », nous explique que, pour elle, toute forme d’écriture comporte nécessairement une part de fiction. Y compris, on l’imagine, lorsqu’il s’agit d’écrire dans le Guardian.

Des réflexions brèves et parfois convenues qui feront surtout le bonheur de ses lecteurs les plus fidèles.

 

Extrait de «Chroniques du hasard»

Que nous vivions dans la misère ou l’aisance, que nous soyons ignorantes ou cultivées, belles ou laides, célèbres ou inconnues, mariées ou célibataires, travailleuses ou au chômage, mères ou sans enfants, rebelles ou obéissantes, nous sommes toutes profondément marquées par une manière d’être au monde qui, même lorsque nous la revendiquons comme nôtre, est empoisonnée à la racine par des millénaires de domination masculine

Chroniques du hasard

★★★ 1/2

Elena Ferrante, traduit de l’italien par Elsa Damien, illustrations d’Andrea Ucini, Gallimard, Paris, 2019, 176 pages