«Jules-A. Brillant, bâtisseur d’empires»: le pouvoir de l’argent, faute de mieux

Le ministre des Richesses naturelles, René Lévesque, avec Jules-A. Brillant (au centre), lors de la nationalisation de la Compagnie de pouvoir du Bas-Saint-Laurent.
Louis-Paul Lavoie, Groupes de fonds Clément Claveau, collection du Musée régional de Rimouski Le ministre des Richesses naturelles, René Lévesque, avec Jules-A. Brillant (au centre), lors de la nationalisation de la Compagnie de pouvoir du Bas-Saint-Laurent.

Lors de la prise de contrôle de la Compagnie de pouvoir du Bas-Saint-Laurent par Hydro-Québec en 1963, René Lévesque, artisan de la nationalisation de l’électricité dans le gouvernement libéral de Jean Lesage, déplora que l’entreprise ait négligé le progrès énergétique de la région. Pourtant, son président, Jules-A. Brillant (1888-1973), avait rêvé de « changer la saveur de notre monde » par « nos propres moyens ».

Si cette volonté enviable ne fait pas de l’entrepreneur, plus tourné vers l’intérêt privé que vers l’essor collectif, un précurseur de la Révolution tranquille, elle fait de lui un précurseur de capitalistes, comme Paul Desmarais, Jean-Louis Lévesque et Pierre Péladeau, qui, au XXe siècle, firent accéder les Canadiens français à la domination économique jusque-là réservée aux Anglo-Saxons.

 

Né dans la vallée de la Matapédia au sein d’une famille modeste, Jules-André Brillant est le fils d’un chef cantonnier de la Compagnie du chemin de fer Intercolonial. Il peut tout de même s’enorgueillir de descendre d’Olivier Morel de La Durantaye, capitaine à qui l’on concéda deux seigneuries au XVIIe siècle et dont un membre de la lignée portera le surnom de Boisbrillant (abrégé par la suite en Brillant).

De façon moins dérisoire, il se glorifie d’être le frère du lieutenant Jean Brillant, mort en héros à la Première Guerre mondiale et honoré par l’Empire britannique. Mais, sans cesser de respecter la tradition militaire et catholique de sa famille, il commence à jouer un rôle dans l’histoire économique en prenant le contrôle en 1919, pour y assurer la sécurité financière, de la Compagnie électrique d’Amqui, entreprise fondée par le curé Nazaire Caron en 1910, représentant d’une élite rurale encore ténue.

Dans la riche biographie qu’ils lui consacrent et qu’ils intitulent Jules-A. Brillant, bâtisseur d’empires, les historiens Paul Larocque et Richard Saindon font ressortir la polyvalence de l’entrepreneur qui touche à toutes les branches de l’économie et à la politique en favorisant, comme organisateur, le Parti libéral. En 1920, il s’établit à Rimouski, principale ville du Bas-du-Fleuve. Rien ne lui échappe : banque, chambre de commerce, journaux, radio…

Après avoir renforcé, grâce à des investissements américains, la Compagnie de pouvoir du Bas-Saint-Laurent tout en en restant le dirigeant, il acquiert 14 compagnies de téléphone qu’il regroupe sous le nom de Québec-Téléphone. S’il déteste le syndicalisme, même celui qu’inspire le progressisme timide de l’Église, il se réjouit d’obtenir une décoration pontificale pour avoir servi la société.

Cela n’empêche pas ses héritiers, attirés par un profit rapide et facile, de démanteler, avant sa mort, l’empire, resté fragile, qu’il a construit. Larocque et Saindon laissent deviner que le pouvoir économique reste vain s’il n’est pas aussi politique.

 

Jules-A. Brillant, bâtisseur d’empires

En 1948, le capital de l’homme d’affaires Jules-A. Brillant s’élève à 9 112 723 $ (108 701 767 $ en 2019). Brillant est alors l’un des hommes les plus riches du Québec.

Bâtisseur d’empires

★★★ 1/2

Paul Larocque et Richard Saindon, Septentrion, Québec, 2019, 448 pages