«Rivages»: pause en forêt

Ce roman suit les traces d'un homme qui quitte sa cité bruyante pour plonger dans la forêt.
Photo: Le Devoir Ce roman suit les traces d'un homme qui quitte sa cité bruyante pour plonger dans la forêt.

Le rythme est lent, le propos contemplatif. Un homme, surnommé le Voyageur, quitte sa cité bruyante pour plonger dans la forêt. Dans ce lieu, il sera témoin de nombreuses manifestations de magie, découvrira un peuple avec des branchies, se mesurera à des guerriers et marchera. Beaucoup, longtemps.

Qui est-il ? Cela reste flou. Décrit davantage par ses actions que par une quelconque intériorité, ce promeneur solitaire semble flotter. Se déplacer silencieusement. Se transportant, également, d’arbre en arbre. Grâce à un pouvoir dont il se retrouve doté — et que personne ne semble comprendre. Lui-même s’interroge parfois « sans succès » sur le sens du périple qu’il a entrepris. Le lecteur suivra le même questionnement. La réponse demeurera en suspens.

 

En épigraphe de chaque chapitre se trouvent Baudelaire, Hugo, Lamartine. Il sera mentionné que le Voyageur aime la poésie. Gauthier Guillemin, directeur adjoint de collège « dans la vie », trempe pour sa part sa plume dans une prose imagée. Il multiplie les énumérations qui parviennent ponctuellement à plonger le lecteur dans un état méditatif. Un extrait : « Il passait du temps dans le jardin à se reposer : il profitait de l’ombre du saule en écoutant la rivière couler doucement, il s’asseyait près des massifs pour observer des floraisons étonnantes, sentir des odeurs jusque-là inconnues. »

De façon assez prévisible, le personnage fera soudain une rencontre romantique, qui donnera un peu de sens à ses errances. L’objet de son désir, une herboriste, lui raconte l’histoire de son peuple. Elle parle aussi à son poêle, qu’elle surnomme « mon dévoreur ». Le Voyageur, lui, la dévore des yeux et boit ses paroles. « Il la vit tout de suite, ce fut comme une apparition. Elle allait d’un pas vif, ses cheveux roux flottaient librement, elle semblait se parler à elle-même en riant. » Leur relation nappée d’eau de rose — et leurs noces — occupera une part importante du récit. Précision : « Préparer une fête pour un mariage reste un moment intense et compliqué et ce, quelles que soient la race, la culture, les traditions. »

Si ce premier roman qu’est Rivages attire d’abord notre attention, c’est qu’il est paru dans la collection Imaginaire d’Albin Michel. Celle-là même qui nous a donné le solide titre de science-fiction Terminus, de Tom Sweterlitsch. Le ton est toutefois, ici, nettement plus abstrait et mystique. Les descriptions très (trop ?) détaillées de découvertes en forêt se multiplient. Comme lorsque le Voyageur s’intéresse aux excréments d’animaux. « Il avait appris que chaque crotte avait un nom : l’émeut pour les oiseaux de proie, les fumées des cervidés, les laissées pour les bêtes noires et les loups. » Pour ce qui est des dialogues, ils suivent une forme répétitive similaire :

« – Je voudrais être un villageois comme les autres.

– Pour nous, tu es loin d’être comme les autres.

– Sans doute, mais j’ai aussi l’impression qu’aucun villageois n’est comme les autres. »

Un voyage certes différent qui passe, tranquillement, sans grands rebondissements, hors du temps.

 

Rivages

★★ 1/2

Gauthier Guillemin, Albin Michel, Paris, 2019, 256 pages