«Tolkien»: regard sur une oeuvre-monde

L’ouvrage aborde aussi un pan méconnu de l’œuvre de Tolkien: son étonnant talent d’illustrateur.
Photo: Oxford L’ouvrage aborde aussi un pan méconnu de l’œuvre de Tolkien: son étonnant talent d’illustrateur.

De larges pages de papier glacé. Des centaines d’illustrations. En jetant un bref coup d’œil à Tolkien, créateur de la Terre du Milieu, on s’attend à un livre destiné à traîner sur la table du salon. En émerge plutôt une superbe encyclopédie traitant de John Ronald Reuel Tolkien (J.R.R. Tolkien pour les intimes), un portrait allant bien au-delà du Seigneur des anneaux, son œuvre phare.

Soyons clairs : l’ouvrage élaboré par Catherine McIlwaine s’adresse à un public déjà conquis — et à personne d’autre —, au risque d’être indigeste pour ceux qui connaissent mal l’écrivain britannique et sa Terre du Milieu.

Sur plus de 400 pages, l’archiviste responsable de Tolkien à la bibliothèque bodléienne de l’Université d’Oxford, en Angleterre, rend honneur au père fondateur de la fantasy, ce genre littéraire à la confluence du merveilleux et du fantastique. Elle y compose un portrait en kaléidoscope d’un homme qui était avant tout un intellectuel fasciné par l’histoire, les langues et les récits qu’elles colportent.

Après un bref survol de la vie de Tolkien (sa jeunesse, sa famille, la Première Guerre mondiale…), Mme McIlwaine s’adjoint six autres experts en la matière. C’est le cœur battant de l’ouvrage, et de loin l’aspect le plus intéressant du livre.

Le premier, John Garth, auteur de la biographie Tolkien et la Grande Guerre, se concentre sur l’amitié profonde qui a uni l’écrivain aux Inklings, ce club de lecture de l’Université d’Oxford où ont été plantées les premières graines de la Terre du Milieu… et de Narnia, ce monde issu de l’imagination de son collègue et ami C.S. Lewis.

 
Photo: Oxford «Le palais de Manwë sur les montagnes du monde au-dessus de Faërie.» Aquarelle tirée du livre «Tolkien, créateur de la Terre du Milieu».

La fascination de Tolkien pour l’étrange, à mi-chemin entre rêves et cauchemars, est sujette à examen, tout comme la réémergence des personnages de la mythologie nordique — Thor, Odin, Loki et autres Freya —, l’une de ses grandes sources d’influence. La langue elfique, créée de toutes pièces par Tolkien pour son œuvre-monde, reçoit également une attention particulière.

L’ouvrage aborde aussi un pan méconnu de l’œuvre de Tolkien : son étonnant talent d’illustrateur. De fait, la Terre du Milieu n’est pas qu’invention littéraire, elle est aussi invention visuelle, comme en témoignent les nombreux croquis et aquarelles signés par Tolkien et reproduits dans cet ouvrage.

En ressort un travail de documentation et d’analyse littéraire exceptionnel, mais discordant. Car Tolkien, créateur de la Terre du Milieu souffre énormément de sa nature de livre-compagnon.

En effet, les trois quarts de l’ouvrage sont consacrés, sans gêne aucune, au catalogue de l’exposition éponyme tenue à l’Université d’Oxford en 2018. La présentation des croquis, illustrations, photos et autres artefacts finit d’ailleurs par se confondre dans une écriture austère. Et c’est là que le bât blesse.

Malgré une mise en contexte riche et toujours bien documentée, l’œil s’égare, l’attention s’étiole. On espérait une histoire illustrée ; on y a plutôt trouvé une visite au musée.

 

Créateur de la Terre du Milieu

★★★

Catherine McIlwaine, Hoëbeke, Paris, 2019, 416 pages