Gabriel Matzneff dénonce les attaques à son égard

L'auteur français Gabriel Matzneff en 2002
Photo: Jacques Demarthon Agence France-Presse L'auteur français Gabriel Matzneff en 2002

L’auteur français Gabriel Matzneff, qui est plongé au coeur d’un scandale de pédophilie, a brisé le silence, dimanche, se disant la cible d’attaques « injustes et excessives » dans une entrevue accordée au quotidien Le Parisien.

Celui qui a souvent fait état de son attirance pour les jeunes adolescents dans ses livres estime que les accusations à son endroit sont en contradiction avec « la beauté de l’amour que nous vécûmes, Vanessa et moi ».

Il fait ainsi référence à l’auteure et directrice des éditions Julliard, Vanessa Springora, qui s’apprête à lancer son roman autobiographique Le consentement, le 2 janvier prochain. Elle y décrit sa relation sous l’emprise de l’écrivain, alors qu’elle avait 14 ans et lui, presque 50.

L’auteur aujourd’hui âgé de 83 ans, qui précise se trouver à l’étranger et être souffrant, a confié par texto au quotidien français « [ne pas avoir] la force » de lire le livre de son accusatrice pour le moment.

Gabriel Matzneff avait jusque-là refusé toutes les demandes d’entrevues. Il avait simplement qualifié le livre de Vanessa Springora d’ouvrage « hostile, méchant, dénigrant, destiné à [lui] nuire, un triste mixte de réquisitoire de procureur et de diagnostic concocté dans le cabinet d’un psychanalyste », dans un courriel transmis à l’hebdomadaire L’Obs, jeudi.

L’annonce du récit à paraître « provoque en moi une tristesse qui me suffoque », s’était-il plaint.

Privé de prestations ?

Samedi, le ministre français de la Culture, Franck Riester, a demandé au Centre national du livre (CNL), un organisme public destiné au soutien de l’industrie du livre, de lui « fournir des précisions » sur les prestations que touche Gabriel Matzneff.

« Le CNL verse à certains écrivains une allocation pour compenser les difficultés financières liées à l’âge ou à la maladie », a-t-il écrit dans un gazouillis, ajoutant qu’il allait « prendre [ses] responsabilités ».

L’homme d’État a également rappelé que « l’aura littéraire n’est pas une garantie d’impunité ». « J’apporte mon entier soutien à toutes les victimes qui ont le courage de briser le silence », a-t-il exprimé, invitant les témoins de violences envers des enfants à contacter le Service national d’accueil téléphonique de l’enfance en danger.

Dans la foulée des événements, le secrétaire d’État responsable de la Protection de l’enfance, Adrien Taquet, a quant à lui déclaré au Journal du dimanche (JDD) avoir « demandé à [ses] services de voir si des suites judiciaires pouvaient être envisagées contre Gabriel Matzneff ».

La veille, il avait commenté l’affaire sur Twitter, écrivant que « souvent, les prédateurs demandent aux enfants de garder “ leur petit secret ”. Gabriel Matzneff poussait l’horreur jusqu’à relater ses agissements dans ses livres ».

Il y a une trentaine d’années, Denise Bombardier avait été la seule à dénoncer les propos de l’auteur, sur le plateau de l’émission Apostrophes, animée par Bernard Pivot. La romancière québécoise avait alors comparé l’écrivain à « ces vieux messieurs qui attirent les enfants avec des bonbons ».

L’animateur français a de son côté évoqué un changement d’époque. Partageant sa pensée sur Twitter, il a écrit que « dans les années 70 et 80, la littérature passait avant la morale ; aujourd’hui, la morale passe avant la littérature ».

Le livre de Vanessa Springora est publié alors qu’une vague de dénonciations de violences sexuelles a lieu outre-Atlantique. Une nouvelle accusation de viol a été déposée à l’endroit du réalisateur franco-polonais Roman Polanski. L’actrice Adèle Haenel a quant à elle porté plainte contre le cinéaste Christophe Ruggia pour agression et harcèlement sexuel, alors qu’elle était adolescente.