«400 femmes artistes»: ces grandes artistes

L’artiste Sophie Calle au Musée d’art moderne de Medellín, en Colombie, en 2012
Raul Arboleda Agence France-Presse L’artiste Sophie Calle au Musée d’art moderne de Medellín, en Colombie, en 2012

Sur la couverture et la tranche de l’ouvrage, le mot « femmes » est biffé. Curieux, diront certains, y voyant peut-être une banale erreur d’impression. Mais il n’en est rien : le message est subtilement politique et donne, au passage, toute la mesure du paradoxe qui a construit le livre lui-même. La genèse de 400 femmes artistes, extraordinaire synthèse couvrant 500 ans de créativité féminine, repose en effet sur deux constats : que l’histoire de l’art a consacré un nombre infinitésimal de femmes au fil des siècles et que, malgré ce vaste « oubli », leur désignation comme « femmes » — alors qu’elles sont des artistes au même titre que les hommes — revient finalement, encore aujourd’hui, à les exclure.

Mais renoncer à leur consacrer un livre serait aussi accepter qu’elles restent, avec leurs œuvres, dans l’ombre de l’histoire. Cet ouvrage tranche donc en réunissant, dans une grande diversité d’origines et de techniques, plus de 400 femmes qui ont fait de l’art leur vie.

Le travail est colossal autant que pointilleux : l’équipe éditoriale a en effet préféré un ordre alphabétique à une disposition chronologique ou par mouvements, de manière à provoquer des rencontres entre des artistes d’époques différentes et de « mettre leur nom en valeur », précise la longue introduction. Brillante idée, puisqu’une telle organisation montre ce qui unit les artistes dans leur vision du monde autant que ce qui les distingue.

Et alors, ces artistes ? On retrouve bien évidemment des icônes comme Frida Kahlo et Rosa Bonheur, mais aussi des noms injustement moins connus, comme l’étoile filante Marie Bashkirtseff, jeune artiste ukrainienne du XIXe siècle morte prématurément à 25 ans, et Anna Maria Van Schurman, grande savante du XVIIe siècle douée pour tous les arts, qui a réalisé des portraits et publié un traité pour revendiquer le droit des femmes à l’éducation.

Il faudrait continuer, en nommer des dizaines pour rendre justice à leur travail : l’artiste nigériane Njideka Akunyili Crosby, la sculptrice française Camille Claudel, la peintre italienne Artemisia Gentileschi… Dans certains cas, la démarche est clairement revendiquée comme féministe (pensons à Judy Chicago ou à Mierle Laderman Ukeles), mais ce n’est pas le liant du livre, précisons-le : cet ouvrage réunit des artistes qui ont créé, point, au-delà de toute catégorie.

Au fil des pages, qui consacrent l’essentiel de l’espace à une œuvre choisie de l’artiste en plus de résumer brièvement sa pratique, un autre versant de l’histoire apparaît : l’ampleur des réseaux que les artistes ont mis en place en parallèle de l’histoire qui les dépréciait, l’extraordinaire portée de leurs voix et de leurs regards.

Subversives, provocatrices, acharnées, elles ont créé non sans explorer, lutter, douter. Bien qu’il reste une porte d’entrée dans un très vaste pan de l’histoire de l’art, cet ouvrage permet l’essentiel : de connaître ces grandes artistes et de se rappeler leurs noms.

 

400 femmes artistes

★★★★ 1/2

Collectif, Phaidon, Paris, 2019,  464 pages