«Bruce Gilden Lost and Found»: des inédits de Bruce Gilden

La photographie de Gilden affirme son propre langage, son propre monde, dans un sens du mouvement unique conjugué à un rapport étroit avec la réalité de la ville.
Photo: Éditions Xavier La photographie de Gilden affirme son propre langage, son propre monde, dans un sens du mouvement unique conjugué à un rapport étroit avec la réalité de la ville.

Dans l’univers de la photographie, Bruce Gilden occupe une place à part. Archétype du photographe sûr de lui jusqu’à l’excès, ce New-Yorkais a imposé un style frontal et brutal que l’on reconnaît aujourd’hui du premier coup d’œil.

Bien que ses approches en photographie aient varié, Gilden reste à ce jour surtout connu pour son travail de rue de type coup de poing. Armé d’un flash, il saisit pendant quelques années des passants tel un grand fauve qui saute au dernier instant sur ses proies.

 

En un éclair qu’enregistre une pellicule en noir et blanc, il capte des traits dans un éclairage sans pitié qui tue.

Ses cadrages, le plus souvent verticaux, mettent en scène, en présentant des individualités fortes, des tensions sociales qu’il se révèle difficile de nommer. Tout Gilden se trouve sur le fil d’une lame de rasoir, aux marges du monde social.

Sa photographie affirme à vrai dire son propre langage, son propre monde, dans un sens du mouvement unique conjugué à un rapport étroit avec la réalité de la ville.

Dans Lost and Found — accordons d’emblée une mauvaise mention à l’éditeur en manque d’imagination pour la traduction du titre —, le photographe a retrouvé, lors d’un déménagement, des planches contacts laissées jusque-là de côté.

Après examen de ces images, réalisées entre 1978 et 1984, au temps où il sillonnait plus que jamais New York, Gilden a pour ainsi dire découvert des images absolument effacées de sa mémoire. La centaine de photos sélectionnées pour ce livre montrent son œuvre sous un angle différent, toujours en noir et blanc.

Produites sans flash, dans des cadres horizontaux où la ville de sa jeunesse se dévoile sous nos yeux, ces images sont sensiblement différentes de celles ayant fait sa marque. Mais déjà se trouve dans sa façon d’écrire avec la lumière du jour une mise en tension qui le rendra célèbre.

Dans chaque photo, au temps où il ignorait complètement la couleur, on trouve les cahots d’un univers où il nous invite à entrer sans façon.

 

Bruce Gilden Lost and Found

★★★ 1/2

Sophie Darmaillacq, Éditions Xavier Barral, Paris, 2019, 176 pages