«Histoire d’une couleur»: jaune, couleur mal aimée

Toutes les couleurs, rappelle Pastoureau dans son œuvre, ne sont pas de simples éléments tirés de la nature. C’est la société qui s’en empare et leur donne un sens.
Photo: Éditions du Seuil Toutes les couleurs, rappelle Pastoureau dans son œuvre, ne sont pas de simples éléments tirés de la nature. C’est la société qui s’en empare et leur donne un sens.

Ce fut la couleur associée aux journaux colporteurs de nouvelles douteuses et fielleuses. Les journaux jaunes, comme on les appelait, pullulèrent. Pour déconsidérer ceux qui ne l’étaient pas, le jaune devint une insulte. Aujourd’hui, le Web est-il devenu le grand repaire du jaunisme ?

L’historien Michel Pastoureau, spécialiste du Moyen Âge, ne le dit pas. Mais en s’attardant aux antécédents historiques attachés à la couleur jaune, il remonte loin, en allant dans plusieurs directions à la fois, depuis l’Antiquité et ses mythologies jusqu’aux gilets jaunes en France, en passant par les cultes du soleil et de l’or.

 

Le jaune est la couleur des cheveux d’Iseut, personnage central d’un grand récit mythique d’amour du Moyen Âge. À l’époque, les cheveux des héroïnes sont forcément blonds, au point que la littérature du monde des chevaliers dresse une typologie pour les différentes intensités de cette couleur du blé.

Porté aux nues par la chevalerie, le jaune a dégringolé au fil des siècles, jusqu’à représenter la trahison, la malveillance, des paroles douteuses. Le jaune de l’étoile avec laquelle les nazis ont stigmatisé les Juifs a des origines remontant à des temps anciens.

Les soulèvements des gilets jaunes sont entrés dans l’actualité de ce livre d’histoire sans que son auteur s’y attende. L’usage du jaune pour ces manifestants est avantageux, indique Pastoureau, dans la mesure où, dans l’histoire, les autres couleurs apparaissent déjà trop marquées au sceau de courants politiques chargés.

Le jaune, associé longtemps à la traîtrise, est peut-être en voie de se réinventer en un message politique positif.

Toutes les couleurs, rappelle Pastoureau dans son œuvre, ne sont pas de simples éléments tirés de la nature. C’est la société qui s’en empare et leur donne un sens.

Après avoir livré une analyse de la symbolique attachée au bleu, au noir, au vert et au rouge, le médiéviste poursuit, avec ce livre consacré au jaune, une passionnante analyse des couleurs en Occident.

 

Histoire d’une couleur

★★★★

Michel Pastoureau, Éditions du Seuil, Paris, 2019, 238 pages