«La rumba du Chat»: quand le Chat est là, les souris sourient

Planche tirée de «La rumba du Chat» de Geluck (détail)
Photo: Casterman Planche tirée de «La rumba du Chat» de Geluck (détail)

Le fameux personnage du Chat est devenu, depuis sa création pour les faire-part de mariage de son créateur Philippe Geluck en 1980, une partie inhérente de la culture bédé populaire.

Toujours debout, faisant face au lecteur, vêtu de son éternel complet-cravate tirant sur le jaune, le Chat nous offre son point de vue sur le monde et sur la vie en utilisant, presque inlassablement, la même technique humoristique du renversement de situation.

Alors, si on fait le calcul à partir de la première apparition officielle du personnage (parce que c’est chouette les faire-part, mais ça ne compte pas vraiment) dans le journal belge Le Soir, en 1983, cela fait donc 36 ans que Geluck réussit à demeurer (im)pertinent.

Oui, mais

Faut le faire, quand même, puisque la formule a tout pour s’essouffler, au point qu’on est en droit de se demander, lorsqu’on ouvre ce 22e album, si le personnage saura encore nous surprendre. Et nous faire sourire, puisque c’est principalement de ça qu’il est question. Ce à quoi nous répondons un « oui, mais ». Oui, Geluck maintient le rythme et le regard drôlement concis que le Chat porte sur la vie en général.

 

Parce que le secret de sa longévité fut d’éviter de commenter des événements particulièrement proches de nous afin que les albums ne prennent pas de l’âge en vieillissant. Le « mais », c’est parce que ce qui nous semblait irrévérencieux il y a quelques années se fait, maintenant, au coût d’une certaine « mononclisation », si on peut s’exprimer ainsi, du personnage.

Oui, Geluck aime nous piquer, de temps en temps en nous poussant à remettre en cause certains a priori. Par contre, certaines blagues passent peut-être moins bien en trois cases, sans contexte ou explication.

Comparer une femme saoudienne portant la burqa à un siège d’automobile, on peut, de loin, saisir le commentaire, mais, si celui-ci ne me permet pas de voir la situation sous un autre angle, cela ne devient qu’un simple gag fait au détriment de ces femmes.

Cela se produit à quelques reprises dans l’album, ce qui a pour effet de nous faire décrocher et qu’on se voit obligé de prendre un pas de recul, non pas pour reconsidérer la question dans son ensemble, mais plutôt pour se demander ce que cela fait là.

Le roi de l’humour

En fait, ce qui dérange, ici, c’est le manque de constance du personnage du Chat, qui est capable à la fois de jouer adroitement avec les mots (là où il excelle) autant que de faire dans un humour bon enfant et, parfois, vaguement scato. Que voulez-vous, les blagues de pets sont universelles !

Pour ce qui est de la forme, rien ne change avec cet album : les lignes sont toujours aussi claires et les couleurs, franches, en à-plat. Et il y a ces petits interludes, toujours aussi efficaces, composés de dessins au style encyclopédique dont le sens est détourné par l’esprit un peu tordu de Geluck.

Bref, on a ici affaire exactement à ce à quoi Geluck nous a habitués avec son éternel Chat qui demeure au final, malgré quelques petites exceptions, le roi de l’humour qui fait soupirer, secouer la tête et sourire.

 

La rumba du Chat

★★★ 1/2

Philippe Geluck, Casterman, Tournai, 2019, 48 pages