Sacrée Ringer

L'auteur, qui a aussi mené une carrière musicale dans les années 1990, fait revivre avec passion tout un pan de l’histoire de la musique française des années 1970 .
Photo: Les indociles L'auteur, qui a aussi mené une carrière musicale dans les années 1990, fait revivre avec passion tout un pan de l’histoire de la musique française des années 1970 .

Formidable croisement entre la Callas, Ima Sumac et Brigitte Fontaine, Catherine Ringer bouleversa à tout jamais l’univers de la pop française avec son fidèle allié à la ville et à la scène, Fred Chichin, discret dandy dégingandé, à l’été 1985 en apparaissant dans le clip Marcia Baïla. Sous la forme d’une série de tableaux colorés et de chorégraphies endiablées réalisée par Philippe Gautier, le premier succès des Rita Mitsouko — qui raconte l’histoire d’une danseuse argentine morte d’un cancer du sein — mena l’éclectique duo au sommet des palmarès.

Comme l’écrit Stan Cuesta, ex-journaliste de Rock & Folk, « la vie de Catherine et Fred ne sera plus jamais la même ». Ou presque puisque tous deux continuèrent de bidouiller leur musique à la maison tout en élevant leurs enfants à l’abri des regards indiscrets. S’ils passèrent à côté d’une carrière internationale — on se trémoussa pourtant sur Marcia Baïla et Andy à travers le monde entier —, Ringer et Chichin se réinventèrent et se surpassèrent d’un album à l’autre jusqu’au décès prématuré du second.

En 10 temps et 50 photos, comme le veut cette nouvelle collection chez Hoëbeke, Cuesta relate, avec force anecdotes à l’appui, le parcours de la flamboyante artiste, de ses débuts au théâtre expérimental sous la direction de Michael Lonsdale jusqu’à sa rencontre avec Gotan Project, sans oublier celle avec Godard, en passant par les films pornos, la danse et la comédie musicale. Et, bien sûr, les Rita Mitsouko.

Ce faisant, Cuesta, qui a aussi mené une carrière musicale dans les années 1990, fait revivre avec passion tout un pan de l’histoire de la musique française des années 1970 et 1980 (Téléphone, Taxi Girl). À le lire, on sent non seulement qu’il connaît bien sa matière, mais on devine chez lui la nostalgie de cette époque d’une « cool frénésie ». Et, surtout, un profond respect pour l’inclassable Catherine Ringer, dont il esquisse un portrait amoureux.

 

Catherine Ringer et les Rita Mitsouko

★★★

Stan Cuesta, Hoëbeke «Les indociles», Paris, 2019, 215 pages