Toronto, ville réinventée

Jean-Michel Dufaux voit en Toronto une ville «ouverte», «inclusive», «à construire», où, avoue-t-il, il a «toujours eu l’impression qu’on pouvait se réinventer».
Photo: Mark Blinch La Presse canadienne Jean-Michel Dufaux voit en Toronto une ville «ouverte», «inclusive», «à construire», où, avoue-t-il, il a «toujours eu l’impression qu’on pouvait se réinventer».

Vue de Montréal, Toronto apparaît souvent comme une métropole « ennuyeuse, grise et trop sage ». Ces mots reflètent un préjugé tenace que l’animateur québécois Jean-Michel Dufaux rappelle avant de le dissiper dans son guide 300 raisons d’aimer Toronto. Si New York incarne le melting-potassimilateur états-unien, dans le multiculturel Toronto, en changeant de quartier, on change de pays.

Par rapport à Montréal et à Québec, à New York et à Boston, Toronto est une ville récente que l’histoire n’a pas encore ralentie. L’idée québécoise de convergence culturelle semble impossible dans cette mosaïque de nations où le rêve de l’harmonie n’est cependant pas exclu. Dufaux y voit une ville « ouverte », « inclusive », « à construire », où, avoue-t-il, il a « toujours eu l’impression qu’on pouvait se réinventer ». Il résume : « La ville de tous les possibles. »

 

Son guide, maniable, doté de plans, regorge de photos en couleurs. Il évoque les facettes de l’étonnante évolution des lieux, qui firent d’abord partie, aussi incroyable que cela paraisse, de la Nouvelle-France ! Au fort Rouillé, poste de traite des fourrures avec les Amérindiens, construit par les Français en 1750, succède la petite ville de York qui, fondée en 1793, après la Conquête, par les Britanniques, devient en 1796 la capitale du Haut-Canada (le futur Ontario).

Lorsqu’éclate en 1812 la guerre nord-américaine entre les États-Unis et la Grande-Bretagne, York ne compte que 700 habitants. À partir de 1834, la ville s’appellera Toronto, nom dérivé d’un mot iroquois qui signifie « là où il y a des arbres dans l’eau », en référence aux grilles à poisson employées pour la pêche.

Toronto a longtemps eu la réputation d’être rigoriste à cause de ses origines anglo-protestantes. Dufaux montre à quel point la ville est aujourd’hui cosmopolite et ultramoderne. Même Kensington Market, quartier ancien, est devenu, selon Dufaux, très multiculturel et accueille « une communauté bigarrée, bohème et artistique ».

Se trouvent dans la ville des œuvres importantes de grands architectes contemporains, I. M. Pei, Mies van der Rohe, Frank Gehry. Dufaux attire notre attention sur les lignes futuristes de la Faculté de pharmacie Lesly Dan de l’Université de Toronto. Elles ne sont pas si loin de la fameuse Yonge Street qui, d’aspect plus conventionnel, traverse la métropole et a la réputation d’être « la plus longue rue au monde ».

Au centre-ville, à l’ombre de la vertigineuse Tour CN et de la puissance commerciale et financière de Toronto qui a supplanté Montréal comme métropole du Canada, se trouve le cœur du prestigieux TIFF, le festival du cinéma de Toronto.

Le cosmopolitisme joue parfois des tours à Toronto. En honorant par une promenade la grande urbaniste américaine Jane Jacobs (1916-2006), la Ville, encore un peu conservatrice, semblait oublier que l’intellectuelle favorisait l’indépendance du Québec…

 

Extrait de «300 raisons d’aimer Toronto»

Clin d’oeil au passé, j’aime beaucoup les tramways vintage qui sillonnent encore certaines artères. C’est aussi une ville de quartiers qui n’a pas peur d’oser, notamment sur le plan des projets architecturaux, et qui a les moyens de ses ambitions. En constante évolution, Toronto est en train de se réapproprier ses superbes berges le long du lac Ontario dont la vastitude lui donne parfois des airs d’océan.

300 raisons d’aimer Toronto

★★★

Jean-Michel Dufaux, Éditions de l’Homme, Montréal, 2019, 288 pages