«Stranger Things»: un beau livre réalisé à moitié

On réalise que ce bouquin signé Gina McIntyre sert un peu de pub camouflée pour le webdiffuseur.
Photo: Mana Books On réalise que ce bouquin signé Gina McIntyre sert un peu de pub camouflée pour le webdiffuseur.

Pour refléter l’esprit des années 1980 qui teinte Stranger Things, ce beau livre est volontairement amoché. Une étiquette collée sur la couverture nous rassure toutefois : « État correct. » Et c’est vrai qu’il est « correct », juste correct, ce compte rendu des coulisses de la production à succès de Netflix.

Malheureusement, et malgré les chouettes photos, le tout se lit tour à tour comme une notice Wikipédia, un dossier de presse ou un texte d’exposé oral. « Bonjour. Aujourd’hui, je vais vous parler de Stranger Things. Stranger Things est une télésérie des frères Duffer. Les frères Duffer aiment Steven Spielberg. Les films de Steven Spielberg ont beaucoup inspiré les frères Duffer. »

En effet, les répétitions incessantes se révèlent étourdissantes. Et les multiples déclinaisons d’un même mot, lassantes. Réalisateur, réalisé, réalisation, réalisèrent.

On réalise de notre côté que ce bouquin signé Gina McIntyre sert un peu de pub camouflée pour le webdiffuseur. On peut lire notamment que le jeune Caleb McLaughlin, qui incarne le marrant Lucas, a autrefois joué sur Broadway. « Mais cela n’était rien comparé au fait d’être sélectionné pour une fiction de Netflix. » À ce point ?

Autre point : pour tous les frissons et toutes les grandes émotions contenus dans l’œuvre originale, son récit imprimé est drôlement fade. La scène du premier épisode dans laquelle le petit Will est enlevé par le vil Demogorgon nous est résumée ainsi : « Et brusquement, sans un bruit, l’enfant… disparaît. »

Dommage, ces points de suspension, car un univers aussi riche aurait dû inspirer une écriture rythmée, énergique. Pourtant, ce livre au look « album de finissants » est sagement scolaire. Voyez un peu : Winona Ryder est « une professionnelle aussi renommée que chevronnée ». Les frères Duffer ont « un style unique ». Et le personnage de Karen Wheeler aime les plats Tupperware. Précision : « Elle les utilise pour les restes. » (Karen est une originale.)

Décidément, le contenant est plus attrayant que le contenu.

 

Dans l’envers du décor

★★ 1/2

Gina McIntyre, Mana Books, Paris, 2019, 226 pages